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lundi 20 janvier 2020

La mort de Renart - Un dernier tour et puis s'en va




Un portier à la queue velue et tordue,
L


i portiers vint isnelement
arrive prestement,
et du haut de la barbacane,
leur demande courageusement et calmement :
« Qui êtes-vous ? — Nous sommes les messagers
de mon seigneur Noble le lion,
et nous voudrions parler à Renart. »
À cette réponse, le portier
tire la porte
coulissante vers le haut.
Grimbert s’avance le premier
en entrant à reculons.
Il passe la première porte,
et dit au milan :
« Avancez donc, seigneur Hubert,
mais baissez-vous car l’entrée est basse. »
Hubert répond : « Je crains que Renart
n’essaye de se remplir la panse
avec moi une fois de plus.
Je préfère rester ici
et vous attendre jusqu’à votre retour,
car je préfère être à l’aise qu’à l’étroit. »
Grimbert n’y voit pas d’inconvénient
et continue jusqu’à Renart,
qu’il trouve fort souffrant.
Renart demande alors
ce qu’il lui veut.
Grimbert répond : « Mon cher voisin,
je suis votre cousin germain,
et j’ai beaucoup d’affection pour vous.
Monseigneur Rohart le corbeau
est venu à la cour se plaindre de vous.
Son mauvais état ne plaît pas du tout
au roi ni à ses barons.
Ne le prenez pas mal
s’il vous demande de bon droit
de venir immédiatement à lui
pour vous expliquer sur cet incident.
Vous ne pouvez pas lui refuser
de vous rendre à la cour pour que justice soit faite.
— Cousin, je n’en ai rien à faire.
Dorénavant, je n’irai plus à la cour,
car on m’y a fait trop de misère.
Voici ce que vous direz au roi
lorsque vous serez devant lui :
le corbeau m’a tué,
et dans ce tombeau,
surmonté d’une croix sous un buisson,
Hermeline, votre parente et amie,
m’a fait enterrer
dans la douleur et le chagrin.
Vous trouverez après la porte en repartant
la tombe d’un paysan
du nom de Renart.
Regardez bien le nom inscrit dessus
pour le rapporter au roi.
Au moment de partir,
Hermeline vous accompagnera
au-dessus de la tombe
qui vient d’être terminée.
Mon fils Rouvel sera avec.
— D’accord, répond Grimbert, alors
je vais prendre congé de vous. »
Là-dessus, Grimbert le quitte
et retrouve mon seigneur Frobert
et Tardif, ses deux compagnons.
Hermeline et Rouvel son fils
les emmènent tout droit au tombeau
et leur disent : « Cher seigneurs
pour notre grand malheur,
Renart le goupil repose dans cette tombe.
Lisez l’inscription
et priez Jésus-Christ
pour qu’il ait pitié de son âme.
Je reste seule, lasse et désemparée,
avec mes enfants maintenant orphelins.
Je n'ai ni vêtement de toile ou de lin,
je me trouve dans une grande pauvreté. »
Sur ce, elle rentre chez elle à Maupertuis
et les autres s’en retournent
d’une traite jusqu’au pavillon
du roi.
Puis ils se mettent à genoux
devant lui.
Grimbert a les yeux mouillés
d’avoir trop pleuré.
Quand le roi Noble le voit
sangloter, il se met en colère,
mais le milan intervient aussitôt :
« Sire, nous venons de Maupertuis,
mais on s’est bien moqué de nous,
car Renart est mort et enterré.
Quand Rohart s’est réfugié ici,
Renart était déjà si mal en point
qu’il est maintenant six pieds sous terre.
Nous avons vu son tombeau,
et nous savons de source sûre,
que le corbeau, certes sans force maintenant,
l’a achevé.
Lui est blessé
mais Renart est bel et bien mort.
Que le Saint Esprit prenne soin de son âme,
et l’emmène au paradis,
bien à l’intérieur,
loin des pauvres et des mendiants. »
La nouvelle
ravive la colère du roi,
mais en faveur de Renart cette fois.
Il se lève aussitôt
et dit malheureux et déconcerté :
« Par notre grande faute, nous avons perdu
le meilleur baron que j'avais.
J’ai bien peur
que je ne pourrai jamais le venger.
J’aurai pourtant donné la moitié de ma fortune
pour éviter cela. »
Là-dessus, il sort de son pavillon
et remonte dans son palais.
Ainsi se terminent
les funérailles et la vie de Renart,
et disparaît son nom à jamais.

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Qui torse et velue ot la keue,
D'en haut desus la barbakeue
Lor escria con preu et sage :
« Qui estes vous ? — Sonmes mesage
Mon seigneur Noble le lion,
Que Renart parler voulion. »
Quant li portiers l'ot, de volee
La porte qui estoit coulee
A mont a trere conmença.
Grinbert qui d'antrer s'avança
I est a reculons entré.
Quant le premier huis ot outré,
Si dist a l'escoufle Grimbert :
« Venez avant, sire Hubert,
Bessiez vous, que basse est l'entree. »
Dit Hubert : « Je dout que vantree
Ne face, par saint Lienart,
De moi encore anuit Renart.
Ici iluecques me tendré,
Tant que vous viengniez atandré,
Miex meing au large qu'a l'estroit. »
A Grimbert convient qu'il otroit
Ce que frere Hubert conmande.
Ainz vint et Renart li demande,
Conme cil qui mout se doloit,
Que il queroit et qu'il vouloit.
Grinbert li a dit : « Biau voisin,
Je sui vostre germain cousin,
Si vous devroie mout amer.
A court vous est venuz blasmer
Mon seignor Rohart le corbel.
De son domage n'est pas bel
Au roi ne a sa baronnie.
Ne le tenez a vilanie,
Par moi vous mande, et il a droit,
Que viengniez a li orandroit
Por vous de ce blasme escuser.
Ne devez mie refuser
Qu'a court ne viengniez pour droit faire.
— Cousin, de ce n'ai je que faire ;
Ne veil or plus aler a court,
Que trop m'i a l'en tenu court.
Ceste parole me randroiz
Au roi quant devant li vendroiz,
Qu'a la mort m'a mis le corbel,
Et la dehors souz ce tombel,
A cele croiz, souz cele espine
Me fist enfouir Ameline
Vostre amie, vostre parente
Qui iriee en est et dolante.
Quant hors de la porte seroiz,
.I. tombel iluec trouveroiz
D'un vilain qui Renart ot non.
Desus verrez escrit le non,
Et ainsi au roi le diroiz
Quant de ci vous departiroiz.
Hermeline vous menra droit
Desouz le tombel orendroit
Qui est touz fres et tout novel ;
O lui ira mon fiuz Rouvel.
— Ainsi, dist Grinbert, l'ostroi gié,
Si m'en vois a vostre congié. »
A tant se departi Grimbert,
Si trova mon seignor Frobert
Et Tardif, plus compaignons n'a.
Tout droit au tombel les mena
Hermeline et Rovel son fill,
Et distrent : « Renart le gorpill
De quoi il ne nos est pas bel,
Biau seignors, gist souz cest tombel.
Lisiez les letres et l'escrit,
Et si priez a Jhesu Crist
Que il ait de s'ame merci.
Lasse, esgaree ! remoing ci,
Et mi enfant sont orfelin.
N'ai robe de drap ne de lin,
A grant povreté sui remese. »
A cest mot entra en la hese
De Maupertuis, et cil s'en tornent
Qui de ci au roi ne sejornent.
Trové l'ont en ses paveillons,
De devant lui a genoillons
S'est maintenant agenoilliez.
Grimbert qui ot les eulz moilliez
Du plorer que il fet avoit.
Et quant li rois Noble le voit
Plorer, si en fu trop plains d'ire,
Li escouffle li prist a dire :
« Sire, de Maupertuis venons
Dont a engigniez nos tenons.
Renart est morz et enfoï.
Quant Roarz ceenz a foï,
Si durement estoit malmis
Renart qu'il est en terre mis.
La fosse et le tombel avons
Veüe, tout de voir savons
Que le corbel le partua
Qui ore pou de vertu a.
Mehaingnié en est et periz
Est Renart. Li saint Esperiz
De la seue ame s'entremete
Tant qu'en paradouse la mete,
.II. liues outre paradiz
Ou nus n'est povre ne mandis. »
Quant li rois oï la nouvele,
Tout son courrous li renouvele ;
De Renart fu mout courrouciez.
Tantost s'est en estant dreciez
Et dist dolanz et esperdu :
« Par grant pechié avons perdu
Le meilleur baron que j'avoie,
Ne ne cuit mie que ja voie
Que je venjance en puisse avoir.
Por la moitié de mon avoir
Ne vousisse qu'il fust ainssi. »
A tant fors de son tref issi
Et s'en monta en son palés.
Ici luec de Renart vous les
La vie et la procession.
Ci fine de Renart le non.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)
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jeudi 26 décembre 2019

La mort de Renart - La plainte de la corneille




De son côté, Rohart est très mal en point
E


t Rohart qui mout fu maumis,
et s’en plaint à la corneille :
« Dites-moi ma chère amie,
comment ferai-je maintenant pour aller à la cour ?
Renart m’a broyé le corps,
je ne peux plus rien faire.
— Je vous porterai dans mes bras,
répond la corneille, je vous le promets.
Je suis aussi chagrinée que fâchée
pour ce terrible malheur qui vous accable. »
Brune se retrousse alors les manches,
et l’emmène avec tristesse et amertume
à la tente du roi,
où elle implore sa pitié :
« Je vous apporte votre ami Rohart le corbeau,
qui est bien mal en point.
Ce qui me déplaît encore plus,
c’est que ce sale brigand de Renart
s’est enfermé à doubles tours
dans son repaire à Maupertuis,
en emportant une cuisse de Rohart,
qu’il a dû avaler depuis.
Noble roi, n’attendez pas davantage
et vengez-vous de la honte et de l’affront
que Renart vous fait, cela ne peut plus durer !
Il a démembré votre baron,
et si vous vous rappelez bien,
c’est maintenant la quatrième fois qu’il le fait.
Ce traître doit être taillé en pièces
pour ce nouveau crime. »
Rohart prend ensuite la parole :
« Sire, ayez pitié
de moi, car je suis blessé à mort.
J’ai perdu un pied et une cuisse,
je suis désespéré,
je crois que je vais bientôt mourir.
Mais si je ne suis pas vengé
de cet infidèle, de ce traître
qui m’a mis dans ce triste état,
on pourrait vous le reprocher à juste titre. »
À ces mots,
le roi se dresse sur ses pattes
et répond :
« Rohart, vous êtes gravement blessé,
mais celui qui vous a arrangé de la sorte
ne perd rien pour attendre. »
Il ordonne aussitôt à tous,
barons et soldats, de se préparer,
et ajoute : « Par les saints de Rome,
je ne passerai pas l’hiver ni l’été
sans aller à Maupertuis.
Je ferai sortir Renart par la force
puis jeter à terre.
Il sera pendu comme un bandit,
sous les yeux de tous mes barons,
et ne s’en sortira pas autrement.
— Très cher sire, inutile de vous déplacer,
fait seigneur Grimbert le blaireau.
Si vous êtes d’accord, Frère Guibert et moi-même
irons ensemble
chez Renart à Maupertuis
pour lui transmettre votre message
avec fidélité.
Nous lui dirons de venir à vous
comme vous le demandez,
et nous vous rapporterons
sa réponse. »
Le roi, toujours debout,
répond exaspéré :
« D’accord, mais faites vite, c’est tout ce que je veux !
Et dites-lui, s’il veut garder son œil droit,
de venir m’expliquer
pour quelle raison
il a mis mon baron dans cet état. »
Ils partent sans discuter son ordre,
bien au contraire.
Tardif le limaçon a déjà pris les devants
pour trouver un bon gîte.
Les autres chevauchent derrière
mais ne prennent pas la peine de s’arrêter.
Bref, inutile de raconter
le détail de leur voyage !
Ils finissent par arriver à Maupertuis
où Renart se trouve cloué de douleur
dans son lit.
Hubert et Grimbert frappent à la porte
pour livrer leur message,
et l’appellent à haute voix :
« Ouvrez aux messagers du roi. »
Renart entend le tapage,
et ordonne au portier le plus vaillant
d’aller voir à la porte
et de répondre à ceux
qui crient de la sorte.



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A la cornille se demante :
« Dites, fet il, amie gente,
Conment porrai aler a cort ?
Trop durement m'a tenu cort
Renart, ne sai que j'en ferai.
— Entre mes braz vous porterai,
Fet la cornille, par mon chief.
De l'anui et du grant meschief
Sui mout dolante et correciee. »
A tant s'est Brune rebraciee,
Si s'en ala triste et dolante
Au roi qui se sist en sa tante,
Criant a sire roi merci :
« Tout mahaignié vous aport ci
Rohart, vostre ami le corbel,
Et si ne m'est mie encor bel
Du larron Renart deputere
Qui a Malpertuis, sen repere,
S'est mis et a fermé sa porte,
Que la cuisse Rohart emporte ;
Mengiee l'a et devouree.
Frans rois, ne fetes demouree,
Vengiez la honte et la laidure
Que Renart vous fet, qui trop dure.
Vostre baron a desmembré ;
Se vous estes bien amembré,
Destroiz quatre foiz vous a fez.
Detranchiez sera et deffez
Li traïtres de ceste emprise. »
Rohart a la parole emprise
Et dist : « Sire, merci aiez
De moi, car a mort sui plaiez.
Le pié et la cuisse ai perdue
Dont j'ai la pensee esperdue,
Morir en cuit procheinement.
Mes se je n'en ai vengement
Du desleal, du traïtour
Par qui sui en ceste tristour,
Blasme en seroiz et a droit. »
Li rois se leva en piez droit,
Quant la parole ot et entant,
Et respont, que plus n'i atant :
« Rohart, vos estes mehaingnié,
Ne cil n'i a riens gaaingnié
Qui ainsi vous a atorné. »
Tantost conmande qu'atourné
Soient si baron et si honme,
Que par les sainz qui sont a Ronme,
« Ne m'i tandra yver n'esté,
Tant qu'aie a Malpertuis esté.
A terre abatre le ferai
Et Renart par force en trerai.
Pendu sera conme larron,
Si que le verront mi baron,
N'en puet partir par autre pas.
— Biau sire, si n'ira il pas,
Fet le tesson sire Grinbert,
Entre moi et frere Guibert
Iron, mes qu'il ne nous desplese,
De Malpertuis passer la hese,
Et a Renart conme honme sage
Raconterons vostre mesage
Et li dirons, sel conmandez,
A vous viengne, ce li mandez,
Et selonc ce que entendon
Response de li vous randon. »
Li rois qui fu em piez drecié
Respondi conme courroucié :
« Alez i tost, ainssi le voeil,
Et li dites, seur son destre oeil,
Qu'il me viengne randre reson
Por coi et pour quele achoison
Il a mon baron mehaignié. »
Sil n'ont le conmant desdaingnié,
Ainz s'en tornent sanz plus atandre.
Au devant pour bon hostel prandre
Ala li limaçons Tardis ;
Cil chevauchent aprés tandis
Qui ne s'i voldrent arrester.
Ne vous veil toutes aconter
Lor journees, ne qu'il devindrent.
Tant errent qu'a Malpertuis vindrent
Ou Renart jut sanz nul delit
A grant dolor dedanz son lit.
Hubert qui le mesage aporte
Et Grinbert vindrent a la porte,
Si huchierent par grant desroi :
« Ouvrez au mesage le roi. »
Renart qui entendi la noise
Conmande qu'a la porte voise
Li portiers qui n'est pareceus,
Et maintenant parole a ceus
Qui si huchoient fierement.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)

lundi 25 novembre 2019

La mort de Renart - La revanche de Chantecler




On les place alors face à face,
M


aintenant les mettent ensemble,
car il n’est plus question de se défiler.
Tardif, le milan, Ferrant,
le grillon et la fourmi
tous de bons amis,
preux, hardis et raisonnables,
font l’arbitrage au nom du roi,
avec efficacité et sagesse.
Une fois le serment fait,
ils les laissent ensemble
s’élancer l’un contre l’autre.
Renart attaque en premier,
et donne un gros coup de patte,
mais Chantecler riposte
d’un coup de bec,
et lui fait une entaille si profonde
que son sang jaillit,
lui brouille la vue et coule jusqu’au talon.
Pendant un instant, il avance
sans voir où il va.
« On dirait bien que vous avez la chair à vif,
fait Chantecler qui le serre de près,
avec tout ce sang rouge qui coule.
Quelle folie de s’en prendre à moi !
Je vais vous montrer aujourd'hui
comment je sais me défendre.
Si tu te sens prêt pour aller dans l’au-delà,
alors je te conseille de te déclarer vaincu.
Et je te ferai pendre car tu n’as que trop vécu. »
Renart entend la menace,
et essuie le sang qui lui coule sur le visage,
et lui recouvre les yeux.
Quand il peut à nouveau les ouvrir,
il dit à Chantecler : « Traître !
Dieu m’en soit témoin, malheur à vous
de me demander de me rendre.
Si je dois m’en sortir sain et sauf aujourd’hui,
je vais vous donner une telle leçon
que vous perdrez l’envie de vous battre. »
Il se précipite alors sur lui
et le frappe de colère
d’un coup de patte à sa hanche
qu'il entaille jusqu’à la chair.
Il lui a fait une bien vilaine plaie !
Un plein boisseau de sang
jaillit à travers les plumes de son haubert,
et ruisselle dans le champ,
suffisamment pour faire tourner un moulin.
Mais Chantecler a la ferme intention
de lui rendre cette bonté.
Il lui grimpe alors sur le dos,
l’éperonne violemment,
le pince et lui mord la tête avec le bec
jusqu’à l’os,
puis lui arrache l’oreille droite
et lui crève l'œil gauche,
et lui dit : « Vous voilà bien mal en point,
seigneur Renart, à mon avis,
vous ne sortirez pas vivant de ce champ,
sinon en bien mauvais état.
Voilà dame Pinte bien vengée,
ainsi que sa tante dame Coupée !
Si Épinard, le médecin du roi,
veut bien s’occuper de vous,
il va devoir mettre beaucoup de plantain
sur vos plaies pour vous guérir,
mais le mal qui est en vous
se retournera contre vous.
Quand le combat sera terminé
et que j’aurai vengé mon chagrin,
je crois que vous n’aurez plus besoin de médecin. »
En entendant cela,
Renart comprend très bien
que Chantecler veut le couvrir de honte
par pure cruauté,
et qu’il ne s’en lassera pas.
Renart se dit alors
qu’il est préférable de faire le mort,
sans répondre à Chantecler,
et de le laisser l’insulter.
Alors il se laisse tomber,
et Chantecler le pince et le mord,
mais Renart fait semblant d’être mort,
il ne réagit ni ne bouge,
et tient la bouche bien fermée
pour qu’aucun souffle n'en sorte.
Chantecler le voyant ainsi,
lui prend la queue avec le bec,
et le traîne comme un moins que rien
dans un fossé.
Renart sait qu’il ne peut compter
sur l’aide de personne
car c'est la bête la plus haïe
du monde.
Il sait aussi que ni pour de l’argent,
ni par des promesses, en aucune façon,
il ne pourra en réchapper,
si on s’aperçoit qu’il est vivant.
Grâce à sa ruse, il a trompé
Chantecler qui le laisse pour mort.



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N'i vont plus d'aloigne querant.
Tardif, l'escoufle et Ferrant,
Le gresillon et le fourmi
Qui mout estoient bon ami
Et preuz et vaillanz sanz desroi,
Cil garderent de par le roi
Mout tres bien et mout sagement.
Quant fet furent li serement,
Si les ont ensemble lessié ;
Lors s'est l'un vers l'autre eslessié,
Et Renart qui premier l'assaut,
Enprés Chantecler fet asaut.
Granz cos li donne de la poe,
Et Chantecler delez la joe
Li fet de son bec une roie
Si grant que li clers sans en roie,
Que jusqu'au talon va la goute,
Et des iex ne vit nule goute
De l'erreüre d'une live.
« Il pert bien, la char avez vive,
Fet Chantecler qui le tint cort,
Que li sans touz vermaus en cort.
Folie vous fist a moi prandre ;
Je vous ferai encui aprandre
Conment je me sai maintenir.
Se pour outre te veulz tenir,
Je lo que te cleimes vaincu.
Pandre te fai, trop as vescu. »
Renart qui entent la menace
Tert le sanc contre val sa face,
Que les iex li avoit couvers.
Lors a les iex andeus ouvers
Et dit a Chantecler : « Traïtres,
Si m'aïst Diex, mar le deïstes
Que je recreant me rendisse.
Se sein ne sauf de cest jour isse,
Je vos cuit encui donner tele,
Mes ne metrez en fu atele. »
Lors li cort viguereusement,
Si le feri irieement
De la poe par mi la hanche
Qu'i li derompi la char blanche.
Trop li a fet doulereus merc ;
Par mi la plume de l'aubert
Fist de sanc saillir plein boisel ;
Par le champ en court le ruisel
Si c'un moulin en peüst moldre.
Mes bien le cuide rendre et sodre
Chantecler iceste bonté.
Lors li est sus le dos monté,
Si le fiert des esperons fort,
Et de son bec le pince et mort,
Que jusques au test li embat.
La destre oreille li abat,
Et l'ueil senestre li creva,
Puis li dist : « Malement vous va,
Sire Renart, au mien avis.
Ja de cest champ n'estordrez vis
Que il du cors ne vous meschiece.
Bien est dame Pinte vengiee
Et dame Coupee s'entein.
De lancelee et de plantein
Se voudra en vos plaies metre,
S'Epinart se veult entremetre
Qui est fisicïen le roi,
Bien vous garra ; mes le deroi
Qui en vous est vous honnira.
Quant la bataille fenira
De vous, et vengiee arai m'ire,
N'arez, ce croi, mestier de mire. »
Renart qui la response entant
Au miex que il set i antent
La grant honte et la vilenie
Que Chantecler par felonnie
Li fet, n'encor n'en est lassez.
Adonc s'est Renart pourpensez
Que la morte vieille fera,
N'a Chantecler n'adesera,
Que tant li fet et honte et let.
A tant seur li cheïr se let,
Et Chantecler le pince et mort
Et Renart fet semblant de mort,
Qu'il ne se crolle ne remue,
Ainz tint la bouche close et mue
Que voiz n'aleine n'en issi,
Quant Chantecler le vit ainsi,
Lors l'a conme lierre repris
Au bec par mi la keue pris,
En .I. fossé le traïna.
Or voit bien Renart que il n'a
De nului secours ne aïe,
Car c'est la beste plus haïe
Du monde et de toute gent.
Bien set pour or ne pour argent,
Por promesse ne pour avoir
Ne pourroit raençon avoir,
Se il estoit aparceü.
Par son savoir a deceü
Chantecler qui por mort le lesse.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)
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mardi 29 octobre 2019

La mort de Renart - Courte échappée




Il aperçoit alors un paysan, qui taille
L


ors chois si .I. vilain qui taille
des ramilles pour chauffer son four.
Il est accompagné d’un mâtin aussi grand
qu’il est maigre et famélique,
doté d’un collier
à pointes,
attaché à une chaîne.
Le paysan, qui tient le chien, le détache aussitôt
quand il voit le goupil arriver,
et le lance à sa poursuite en criant.
Renart s’en aperçoit et il est bien ennuyé.
Ça le rend fou de rage,
car il ne sait ni quoi faire ni quoi dire.
Il n'ose ni continuer en direction du chien,
ni retourner en arrière vers le cortège royal,
qui le poursuit à grands pas.
Tardif arrive en tête,
la bannière dressée.
Renart tourne d’un coup de bride
pour passer à travers l’enclos,
sans laisser tomber Chantecler,
alors complètement effrayé.
Le mâtin ne perd pas de temps
et le poursuit à toute vitesse.
Renart se dit alors : « Si je laisse
Chantecler partir, que ferai-je ensuite ?
je n’aurai rien
pour souper ce soir.
Et si celui qui est à ma poursuite
parvient à me prendre,
il me montrera aussitôt
comment il se sert de ses dents pour trancher.
Je dois accorder moins d’importance
à ce coq qu’à moi-même.
Tardif arrive de l’autre côté
avec tous ceux qu’il emmène sous sa bannière.
Et s’ils me ramènent chez eux,
je passerai un sale quart d’heure,
car le roi est furieux contre moi
à cause de Chantecler qu'il apprécie tant.
Je regrette d’avoir fait cette belle prise,
qui va pourtant me porter malheur. »
Il dit alors à Chantecler : « Par ma tête,
je suis contraint de vous abandonner.
Ce mâtin n’a pas l’air content,
et il me suit trop facilement,
vas-t'en rapidement.
Quand tu seras à la cour, mon ami,
puisque je ne t'ai ni blessé ni maltraité,
fais preuve d’indulgence à mon égard,
et n’aggrave pas mon cas auprès du roi.
— N’ayez crainte, répond-il, mon cher maître. »
Il saute aussitôt dans un arbre sur la droite,
et laisse éclater sa joie,
tandis que Renart s’enfuit
à toute vitesse.
Mais le chien lui bondit dessus et retrousse
la peau de son dos jusqu'à croupe.
Le goupil est en grand danger
de perdre la vie,
mais Tardif tombe à pic
car il veut à tout prix
le prendre vivant.
Il le sauve des pattes du mâtin,
au prix de nombreux coups
pour le récupérer.
Renart se retrouve aussitôt entouré
de la belle et noble compagnie
que le riche empereur
a envoyée à ses trousses.
Ils le saisissent et l’attachent sur-le-champ,
puis l’emmènent devant le roi.
Noble, fou de rage,
jure qu'il le fera exécuter,
brûler, écorcher, écarteler,
ou livrer à de cruelles tortures.
Chantecler ne manque pas
de se plaindre des misères
qu’il lui a causées.
Le roi lui répond qu’il aura réparation
à la hauteur de ce qu’il demandera,
pour le terrible outrage qu’il lui a fait.
« Pas question qu’il aille en prison !
je le ferai au contraire écorcher vif.
Je ne pourrai tirer meilleure vengeance.
— Sire, fait Renart, écoutez-moi,
écoutez ma version des faits.
Certes, je me plierai au jugement,
tout en comptant sur votre miséricorde.
Jamais aucun mortel
n’a été condamné sans un traitement loyal.
S’il y a quelqu’un dans cette cour
qui souhaite prouver
que j’ai commis une perfidie,
une trahison ou un mensonge,
alors je suis prêt à me défendre.
Ceux qui m’ont mis en terre
ne me veulent que du mal,
et font peu de cas de ma personne.
Pour quel crime, j’aimerais l’entendre,
me fait-on enterrer vivant ?
Donnez-moi donc vos raisons,
m’a-t-on pris en train de voler ?
La cour mérite bien des reproches,
Bruyant le taureau, Brichemer
et les autres, que j’aime et apprécie par ailleurs,
méritent d’être réprimandés pour ce forfait.
C’est vous Chantecler, je n’en doute pas,
qui avez préparé cette trahison
en me pourchassant, voilà mon avis.
Vous avez manigancé bien des crimes,
c’est lui que l'on doit blâmer.
Je veux prouver par un duel
qu’il m’a causé aujourd’hui
un terrible préjudice
en m’enterrant vivant.
Il n’aurait jamais dû entreprendre
de me causer de tels ennuis.
Et si je n’arrive pas à le vaincre aujourd’hui,
alors faites-moi crever les yeux,
à qui n’en déplaise.
— Renart, Renart, dit Chantecler,
par la foi que je dois à Bernard
l'archiprêtre que je vois là,
les choses ne se sont pas du tout passées
comme vous le dites.
Vous ne vous en tirerez pas à si bon compte
aujourd’hui comme vous pensez le faire.
Ah ! sainte Pinte, aidez-moi !
Aussi vrai que je m’en rappelle,
Renart vous a tuée en traître,
tout comme je n'ai rien à me reprocher
de ce qu’il m’accuse.
— Vous mentez, répond Renart, traître,
c’est à cause de vos mensonges
que j’ai été enterré vivant, je vous le garantis.
Je vous le ferai avouer
avant la fin de la journée,
vous serez brisé ou blessé à mort.
Vous n’y couperez pas, c’est comme ça.
— Sire, accordez-moi ce duel,
demande Chantecler à l'empereur,
et faites pendre ou démembrer
celui qui sera vaincu.
Mais n’oubliez pas tous les ennuis
qu’il vous a causés.
Par Dieu, le vaincu
sera pendu ou exécuté,
il n’en sera pas autrement,
au nom du droit et de la raison, c'est mon avis. »

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Ramille pour son four chaufer.
A une chaaine de fer
Ot a sa coroie lïé,
Dont li cloet sont delïé,
.I. gaignon grant et merveilleus ;
Meigres estoir et fameilleus,
Le vilein qui le chien tenoit
Choissi le gorpil qui venoit ;
Le chien deslace, si li huie,
Renart le voit, mout li anuie,
Tant fu courouciez et plain d'ire,
Ne sot que faire ne que dire.
Il n'ose vers le chien tourner
Ne vers les reaus retourner,
Que grant pas le vienent suiant,
Tardiz u premier chief devant,
Qui tint la baniere levee.
Adonc a sa regne tournee
Renart au travers d'un plessié,
Ne n'a pas Chantecler lessié,
Ainz l'emporte mout esmaiez.
Li mastins ne s'est delaiez,
Ainçoiz le suit de grant eslés.
Lors pense Renart : « Se je lés
Chantecler aler, que ferai ?
Car anuit mes ne trouverai
Chose dont me puisse souper ;
Et se cil me puet acouper
Qui si me chace pour moi prendre,
Il me fera encui aprendre
Conme ses denz sevent tranchier.
Je ne doi pas avoir tant chier
Ce coc conme mon cors demeine.
D'autre part vint Tardis qui meine
.I. mout grant peuple a sa baniere.
Et se il me meinent arriere,
Je serai mout mal atirié,
Que li rois iert vers moi irié
Por Chantecler qu'il aime et prise.
Mout me poise de ceste prise,
Seur moi en venra le meschief. »
Lors dit Chantecler : « Par mon chief,
A force convient que vous lesse.
Cist matin a esté en lesse,
Que trop me suit delivrement.
Va t'en tost et isnelement.
Je ne t'ai blecié ne malmis,
Et se tu viens a cort, amis,
Ne me soies par ton desroi
En nuisance devers le roi.
— Non ferai je, fet il, biau mestre. »
Lors saut desus .I. arbre a destre,
Si a grant joie demenee,
Et Renart de grant randonnee
S'en va fuiant et a grant corse.
Mes li chiens saut qui li rebourse
La pel du dos jusqu'au crepon.
Ja fust en male souspeçon
Li gorpilz de perdre la vie,
Quant Tardiz qui a grant envie
De lui prandre i est seurvenu.
De ce li est bien avenu
Que il l'a au mastin rescous,
Mes ainz i ot feru mainz cous
Que il en eüst la baillie.
Tantost est entor lui saillie
La compaignie bele et noble
Que li riche empereres Noble
I envoia pour Renart prandre.
Pris et lïé l'ont sanz atandre,
Si l'ont devant le roi mené,
Qui aussi conme forsené
Jure qu'il le fera deffaire,
Ardoir, escorchier ou detraire,
Ou livrer a cruel tormant.
Et Chantecler isnelement
Se plaint de la desconvenue
Qui li est par li avenue.
Li rois dit que droit en avra
Tel con il demander savra,
Que trop li fist grant mesprison.
« Ja ne sera mis en prison,
Ainçoiz le ferai escorchier.
Ne m'en porrai plus bel vengier.
— Sire, fet Renart, entendez,
Jugement de moi entendez.
Au jugement me contendrai
Et vostre merci atandrai.
Onques ne fu nul honme né
Sanz leal jugement mené.
S'en puet en vostre court trouver
Nus qui veille vers moi prouver
Que j'aie fet desleauté
Ne traïson ne fauseté,
Aprestez sui de moi desfandre.
Trop voldrent envers moi mesprandre
Cil qui en terre me metoient,
Mon sens espoir petit doutoient.
Por quel forfet, ce veil oïr,
Me faisoit l'en vis enfoïr ?
Or me dites vostre semblant,
Estoie je pris en emblant ?
La court en fet mout a blasmer,
Bruiant li tors et Brichemer
Et les autres que j'aim et prise
Seront blasmé de ceste emprise.
Chantecler, n'en sui pas en doute,
Avez trete traïson toute,
Ce m'est vis, quise et pourchaciee.
Mainte mauvestié as braciee,
Ceste li doit l'en reprouver.
Encontre son cors veil prouver
Que par lui m'est hui avenue
Iceste grant desconvenue
De moi tout vif en terre metre.
Ja ne s'en deüst entremetre
De moi faire honte et anui.
Se recreant ne l'en rant hui,
A qui que il doie grever,
Fetes moi les .II. iex crever.
— Renart, dit Chantecler, Renart,
Par la foi que je doi Bernart
L'arceprestre que je voi la,
Onques en tel guise n'ala
Li afaires con vous le dites.
Ne vous en iroiz pas si quites
De cest jour d'ui con vous cuidiez.
Ahi ! sainte Pinte, or m'aidiez,
Si voirement con je recort
Que Renart vous ocist a tort
Et si conme je n'i ai coupe
Du blasme de coi il m'encoupe.
— Vos mentez, fet Renart, traïtres,
Por vostre mençonge feïstes
Qu'enterré fui, ce vous creant,
Si vous en rendré recreant,
Ainçoiz que li jours soit passez,
Ou a mort plaiez et quassez.
Ne poez faillir, ainssi n'aille.
— Sire, otroiez moi la bataille,
Fet Chantecler a l'emperere,
Et celi qui recreant ere
Faites ou pendre ou desmembrer.
Il vous devroit bien remembrer
Des anuiz que il vous a fez.
Par Dieu, penduz iert ou desfez
Iceli qui vaincu sera,
Ja autrement n'en passera,
Et c'est droiz et reson, me semble. »
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)

vendredi 26 juillet 2019

La mort de Renart - Le jeu des plantées




Une fois fait,
Q


uant il furent desvestu tuit,
ils vont dans la grand-salle,
n’en déplaise à certains,
et s’assoient tous ensemble
devant le corps du défunt.
Il y a
tellement d’éclairages
que tout le palais reluit.
Ils s’en donnent à cœur joie cette nuit-là,
jamais personne n’a entendu
une telle liesse.
Ils jouent au jeu des plantées toute la nuit.
Ysengrin lève joyeusement
le pied en premier,
et Tibert le chat le frappe
si doucement …
qu’il le fait tomber.
Sur ce, il s’assied
tandis que Ysengrin tend le pied à son tour,
mais Brichemer, sans aucune pitié,
lui assène un tel coup
que son pied vacille,
et il tombe à la renverse.
Brichemer s'assied aussitôt,
et tend son pied en l’air
en attendant le prochain coup.
Bruyant le taureau frappe
de toutes ses forces,
sans prendre d’élan.
Brichemer devient livide de peur
en voyant le coup arriver,
mais il tient bon pour cette fois,
sans bouger d’un poil,
à mon avis, il ne lui pardonnera pas !
Messire Frobert regarde sans rien dire
le coup qui vient d’être donné.
Il arrive énervé sur Bruyant,
qui lève le pied
comme il se doit,
et lui donne un grand coup
à lui arracher la peau.
Bruyant le taureau recule aussitôt,
et seigneur Frobert,
tout content de lui
tend le pied à son tour.
Baucent le sanglier fonce sur lui
aussi vite
qu’il peut,
et frappe Frobert le grillon
qu'il fait tomber à genoux.
L’autre saute aussitôt sur ses pieds :
« Vous ne m'avez pas raté,
seigneur Baucent, dit Frobert,
foi que je dois à seigneur Robert.
Mais vous avez bigrement sous-estimé
le chevalier de valeur
que vous venez d’abattre
en frappant le si durement.
— Seigneur Frobert, lui dit Baucent,
par la foi que je dois à saint Vincent,
je n’ai jamais rien entendu de tel. »
Puis il s’assoit et tend le pied à son tour.
Tardif retire sa cape
et frappe sans hésiter,
de toutes ses forces.
Il place si bien son coup
qu'il le renverse sur le sol.
Le visage de Baucent change de couleur
à cause de la douleur qu’il ressent.
Il se remet sur ses pattes dès qu’il peut,
très en colère.
Tardif lui dit alors :
« Baucent, ne vous fâchez donc pas. »
Là-dessus s’avance Petitpas
le paon, à qui tout cela déplaît.
Tardif s'assoit aussitôt
redoutant peu sa colère.
Le paon frappe
de toutes ses forces,
mais malgré le coup
messire Tardif ne remue pas d’un poil.
Son visage devient tout rouge
de douleur.
Voyant qu’il lui a fait mal,
l’autre lui dit :
« Tardif, ne vous fâchez pas,
buvez plutôt un coup, si ça vous dit,
la nuit est encore longue,
on s’amusera encore plus.
— Comme vous voulez, seigneur,
répond Petitpas ». Il fait amener
du vin, et ils boivent à loisir.
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En la sale, qui que anuit,
S'en sont venu, si con moi semble,
Devant le cors trestuit ensemble
Se sont asis conmunement.
Grant luminaire et bel et gent
Avoit laiens si grant foison
Que tote en reluit la maison.
Icele nuit firent tel joie,
Ne cuit que nus mes si grant oie :
Non fera il, si con je cuit.
As plantees jouent la nuit ;
Le pié leva premierement
Ysengrin mout joieusement,
Et Tybert li chaz i feri
Si doucement et si seri
Que d'autre part le fist chaoir.
A cest mot s'est alez seoir,
Lors retendi Primaut le pié,
Mes onques n'ot de lui pitié
Brichemer que tel li assist
Que trestout le pié li fremist.
Vosist ou non, d'autre part chiet,
Et Brichemer tantost s'asiet,
Si a le pié en haut tendu,
Adonc a son coup atendu.
Bruiant le tor qui mout s'esforce
De ferir, que toute sa force
I mist, mes por ce ne se mut.
Quant ce vit, la color li mut
Brichemer et si fu destroiz,
Mes il se tint a cele foiz
Qu'il ne se mut por cop qu'il doint ;
Ne cuit mie qu'il li pardoint.
Mesire Frobert sanz nul plet
Esgarde le coup qu'il a fet,
Envers Bruiant vint aïré,
Et si li a le pié levé
Tout ainssi con a lui afiert,
Et Frobert .I. grant cop i fiert.
A pou le cuir ne l'en a tret.
De maintenant vers lui se tret,
Bruiant le tor le pié tendi
A dant Frobert, si con je di,
A mout de joie et de leece,
Isnelement a lui s'adrece,
Qanqu'il onques puet i a point
Baucent le sengler a cest point,
Et fiert Frobert le gresillons
Si qu'il l'abat a genoillons ;
Et cil tantost em piez sailli
Et dist : « Vos n'avez pas failli,
Sire Baucent, ce dit Frobert,
Foi que je doi sire Robert,
Vos avez laidement mespris
Quant vos cel chevalier de pris
Avez devant moi abatu ;
Trop l'avez durement batu.
— Sire Frobert, ce dit Baucent,
Par la foi que doi saint Vincent,
Riens se bien non n'i entendi. »
Lors s'asist et le pié tendi,
Si a feru sanz demoree
Tardif qui a sa chape ostee.
A ferir mist tout son pooir,
Si bien sot son cop aseoir
Qu'il l'abat sor le pavement.
Cil de l'angoisse que il sent
Le vis et la color mua,
Plus tost que pot se rumua,
Car il ert dolent et plain d'ire,
Et Tardif li a pris a dire :
« Baucent, ne vos corouciez pas. »
A tant vint avant Petitpas
Li paons a cui il dessiet,
Et Tardif maintenant s'asiet
Qui lor coroz petit redoute.
Li paons mist sa force toute
A ferir et si s'esvertue,
Mes por le coup ne se remue
Mesire Tardif de la place.
Toute li vremeillist la face
Por le coup qu'il a receü.
Li fuirons s'est aparceü
Qu'il l'ot blecié, si li escrie :
« Tardif, ne vos corouciez mie,
Mes bevez, si ne vos anuit.
Encore est mout longue la nuit,
Si joerons plus liement.
— Sire, vostre conmandement »,
Fait Petitpas. Lors fet venir
Du vin, si burent a loisir.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)
Notes de traduction (afficher)

mercredi 3 juillet 2019

La mort de Renart - Le deuil de Grimbert




Grimbert accourt à sa rencontre
Q


uant li mes entra en la cort,
quand il le voit entrer,
et lui souhaite la bienvenue :
« En quoi puis-je vous être utile ?
Qui vous envoie ? Dites-moi tout.
— Seigneur, fait-il, je viens de la part du roi,
qui vous salue, vous demande,
vous prie même, vous ordonne en fait,
de venir à lui toute affaire cessante. »
Grimbert s'inquiète en entendant cela,
et lui répond : « Je viendrai volontiers.
Mais dites-moi donc, mon ami,
pourquoi l’empereur me convoque.
— Seigneur, fait le messager, par saint Pierre,
Renart votre cousin est mort,
vous n’aviez pas meilleur voisin. »
Quand Grimbert apprend la nouvelle,
sachez qu’elle ne lui fait pas du tout plaisir,
au contraire il est pris d’un grand chagrin.
Il répond alors au messager :
« Mon ami, au nom de Dieu qui jamais ne ment,
voilà une bien triste invitation,
alors que mon cousin germain est mort.
Tout allait pour le mieux, mais c’est fini pour moi,
car, sachez en vérité
que mon sort s’était bien amélioré grâce à lui. »
À ces mots, tous deux
se mettent en route
d’une traite jusqu’à la cour,
où on est content
de les voir arriver.
Grimbert, très éprouvé,
s’assoit à côté du cercueil,
malheureux et pensif,
la tête baissée.
L’expression de son visage
est de circonstance.
De temps en temps, il s’agite,
crie ou pleure fort,
car il le regrette amèrement,
mais personne ne peut le consoler.
Le roi fait porter le corps
dans la grand-salle, à la satisfaction générale,
où tous restent jusqu’à la nuit.
Dame Fière s’affaire,
fait confectionner et apporter des cierges
en grand nombre,
qu’on allume à travers le palais.
Impossible de les compter, tellement il y en a,
jamais on n’a vu une telle illumination
pour un conte ou un roi.
Grimbert, toujours assis à côté du cercueil,
a terminé son deuil
et dit au roi : « Par saint Denis,
et par la foi que vous devez à saint Gilles,
faites chanter les vigiles maintenant,
inutile d’attendre davantage. »
Le roi répond : « Par saint Éloi,
Grimbert, voilà qui est bien parlé. »
Il appelle l'archiprêtre :
« Bernard, fait-il, venez ici
et appelez vos compagnons,
puis chantez les vigiles des morts
pour seigneur Renart, dont la mort
me chagrine tellement.
— À vos ordres, sire,
lui répond Bernard. »
Il s’éloigne du roi
et emmène avec lui Tibert
le chat, seigneur Hubert
le milan, et messire Tardif
qui est bien triste pour Renart.
Bernard emmène aussi
le hérisson
qui est brave et honnête,
seigneur Frobert le grillon,
Chantecler
pour sonner les matines,
seigneur Ronel le mâtin,
seigneur Ferrant le cheval,
Brun l'ours, Bruyant le taureau,
et enfin,
Ysengrin, seigneur Brichemer
et seigneur Baucent le sanglier.
Tous se sont préparés et habillés,
puis sont retournés
devant le corps dans la grand-salle.
Grimbert a le teint pâle de chagrin
car il aimait beaucoup Renart.
Lui et tous ceux qui l’accompagnent
commencent les vigiles,
beaucoup se tirent les cheveux
et se frappent du poing en signe de deuil.
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Grimbert encontre lui acort
Et dist qu'il soit le bien venant :
« De qoi estes vos besoingnant ?
A qui estes ? Dites le moi.
— Sire, fet il, je sui au roi
Qui de par moi saluz vos mande
Et si vos prie et conmande
Que a lui veigniez sanz delaie. »
Grimbert l'oï, mout s'en esmaie,
Puis si dist : « G'irai volentiers.
Or me dites, biaus amis chiers,
Por qoi me mande l'emperere.
— Sire, fait li mes, par saint Pere,
Mort est Renart vostre cousin ;
Vos n'avïez meillor voisin. »
Quant Grimbert entent la novele,
Sachiez ne li fu mie bele,
Ainz en ot mautalent et ire.
Au mesagier a pris a dire :
« Amis, par cel Dieu qui ne ment,
Ici a mauvez mandement,
Quant mort est mes cosins germains.
De plus estoie, or sui du mains,
Car par lui, ce sachiez de voir,
Estoie montez en avoir. »
A icest mot s'en sont torné
Andui, se sont acheminé,
Tant ont alé qu'a la cort vindrent,
De lor noveles lié devindrent,
De tiex ot a la cort assez.
Grimbert qui mout estoit lassez
Si est delez la biere assis,
Mout est dolent et mout pensis,
Son visage enbronchié avoit.
Lez la biere mout li seoit
La chierre qu'il fist et la libe.
D'eures en autres se defripe,
Il crie et pleure durement,
Si le regrete doucement
Que nus ne le puet conforter.
Et li rois fist le cors porter
En la sale par grant deduit.
Illuec furent jusque a la nuit.
Dame Fierre par grant afere
Fist cierges aporter et fere,
A grant plenté et a foison
Les alument par la meson.
Tant en i ot, ne sai le conte,
Ainz mes ne por roi ne por conte
Ne fu tel luminaire fait.
Grimbert qui avoit son duel fet
Si est delez la biere assis
Et dist au roi : « Par saint Denis,
Ne foi que vos devez saint Gile,
Car fetes chanter la vegile
Orendroites et sanz delai. »
Li rois respont : « Par saint Ylai,
Grimbert, vos avez bien parlé. »
L'arceprestre en a apelé :
« Bernart, fait il, avant venez,
Et vos compaingnons apelez,
Si chantez vigiles de morz
Por dant Renart qui si est morz
Dont je sui iriez durement.
— Sire, vostre conmandement. »
Ce li a respondu Bernart.
Tout maintenant du roi depart,
Si a o lui mené Tybert
Le chat et mon seignor Hubert
L'escoufle et mesire Tardif
Qui por Renart fu mout pensis.
 Ceus amena o lui Bernart,
Et le heriçon d'autre part
Qui mout ert cointes et apert,
Et li gresillon dant Frobert
Si en a mené Chantecler
Tout por les matines soner,
Et dant Roonel le mastin,
Et sire Ferrant le roncin,
Et Brun l'ors et Bruiant le tor,
Et si fu avec eus encor
Ysengrin et dant Brichemers
Et sire Baucent li senglers.
Revestu sont et atorné,
Et sont ariere retorné
Devant le cors en mi la sale.
Grimbert ot le vis taint et pale
Por Renart que il molt amoit,
Lui et ceus que il amenoit
Ont la vegile conmenciee,
Mainte temple ot illec sachiee
Et maint poing ensemble feru.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)
Notes de traduction (afficher)

vendredi 31 août 2018

Renart médecin - Le roi rassemble ses troupes




— Renart, lui dit l'empereur,
R


enart, ce a dit l'emperere,
par le Saint-Père, voilà qui est bien parlé.
Il en sera ainsi, faites-moi confiance,
je vais convoquer tous mes hommes
nominativement, sans en oublier un seul,
ils devront venir tous ensemble. »
Il fait rédiger les convocations sur-le-champ,
et les fait envoyer à tous ses barons,
que ça ne ne leur plaise ou non.
Personne n’est oublié,
ni grue, ni héron, ni ours, ni léopard,
ni même messire Épineux
le hérisson, ni le loup, ni le chien,
tous viennent sans discuter.
Bernard l'archiprêtre vient
main dans la main avec Baucent.
Arrivent ensuite seigneur Bruyant le taureau,
Brun l'ours, seigneur Ferrant
le cheval, Tibert le chat,
messire Pelé le rat,
Brichemer, Ysengrin,
seigneur Roussel et seigneur Belin.
Ronel arrive à toute allure,
côte à côte avec Couard.
Puis arrivent Seigneur Chantecler
le coq, un tout jeune homme,
le singe est à ses côtés,
ainsi que Hardi le lapin et Rouard
le corbeau, le frère de Tiécelin.
Ils sont si nombreux sur le chemin
qu'on ne voit qu’une nuée d’étendards.
Frobert le grillon arrive à son tour,
en se débattant avec difficulté.
Ils sont tous là sauf Tardif.
Le roi est accoudé sur le rebord
d’une fenêtre et les observe
avec leurs bannières et leurs étendards.
« Renart, regarde ce bataillon,
dit le roi, que des barons de valeur !
Ils vont délivrer mon pays
de ses ennemis grâce à leur force.
Je n'en doute pas un instant,
les païens seront bel et bien vaincus.
Grâce à Dieu, il y a tant de soldats
et de chevaliers qu’à mon avis,
personne, y compris moi,
n'en a jamais vu autant ensemble. »
Tous s'installent
dans les grands prés alentour,
et montent tentes et pavillons.
Quand tout est en place,
Brun monte au palais
accompagné des grands barons.
Le roi les accueille à bras ouverts,
dans la joie et la bonne humeur,
prend des nouvelles de chacun,
puis leur dit : « Seigneurs, sachez tous
que je suis très ennuyé à cause des païens
qui sont entrés sur mes terres.
Leurs soldats prennent de force
mes châteaux et mes forteresses.
Sachez que ça ne me plaît pas du tout
qu’ils aient fait tant de mal sous vos yeux.
Leurs chameaux nous portent malheur
en nous amenant tous ces païens.
Mais nous avons là tant de chrétiens,
qu’ils préféreront s’enfuir
plutôt que de nous attendre.
— Seigneur, dit Belin le mouton,
il y a ici beaucoup de valeureux barons,
des hommes de grande famille,
des hommes honnêtes et expérimentés,
qui sauront vous conseiller
pour agir au mieux. »
Renart qui est assis près du roi
lui répond : « Belin, ma foi,
c'est vrai, voilà qui est bien parlé,
vous avez tout à fait raison.
Aucune décision concernant cette affaire
ne sera prise à la légère.
Partons donc demain matin.
— Seigneur Renart, lui répond Belin,
vous avez raison, que Dieu me protège.
Mais messire Tardif manque à l’appel,
il n’est pas encore arrivé,
je me demande ce qui peut bien le retenir. »
Messire Roussel fait un bond en avant,
et déclare haut et fort :
« Seigneurs, seigneurs, n'attendez pas
Tardif car il ne viendra pas,
sachez qu’il est mort. »
Le roi est bien triste
d’entendre cela, alors il lui demande :
« Roussel, dis-moi, que Dieu soit avec toi,
où et comme a-t-il trouvé la mort ?
— Seigneur, fait-il, que Dieu me préserve,
je vous affirme qu’il s’est fait tuer,
je l’ai vu raide mort, je vous le garantis,
j’ai bien vu sa plaie. »
Le roi est affligé d’entendre cela,
car il l’aimait beaucoup et tenait à lui.
« Barons, voilà qui est très ennuyeux,
fait le roi, aidez-moi donc de vos conseils ! »
Ysengrin se lève
et répond au roi : « Oubliez-le,
on ne peut pas ressusciter un mort.
Maintenant que vous l'avez perdu,
vous devez trouver quelqu'un à qui donner
le gonfanon pour le porter,
car il vous faut un nouveau porte-étendard.
— C'est bien vrai, lui répond le roi, ma foi,
assurez-vous que le choix du vassal
ne vous porte pas préjudice.
— Sire, nous prendrons la bonne décision. »
Chacun acquiesce de son côté.
Voici qu’arrivent les fils de Renart,
tous trois montent au palais,
et saluent le roi comme il faut
car ils ont été bien éduqués.
Le roi les accueille et les embrasse
avec courtoisie,
puis les fait s’asseoir tous les trois
en les complimentant.
Il rappelle ensuite à ses hommes
de choisir le nouveau porte-étendard
et de faire le bon choix.


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Vos avez bien dit, par saint Pere.
Einssi ert il, foi que vos doi ;
Trestoz mes honmes manderé
Par non, que n'en lesseré un,
Tuit seront mandé en conmun. »
Tantost fet escrire ses briés
Qui que soit biax ne qui soit griés,
Ses envoie par ses barons.
N'i remest grue ne herons
A semondre, n'ors ne liepart,
Neïs mesire Espinart
Le heriçon, le leu, le chien,
Tuit i vindrent sanz nul detien.
Bernart l'arceprestres i vint
Et Baucent que par la main tint ;
Si vint li tors sire Bruiant,
Brun li ors et sire Ferrant
Le roncins et Tyberz li chaz,
Et mesire Pelez li raz,
Et Brichemer et Ysengrin,
Et dant Rousiaus et dant Belin.
Et Roonel laschie le frain,
Et il est Coarz main a main.
Si est venuz dant Chantecler
Li cos qui est fort bacheler,
Li singes i vint de sa part,
Hardiz li connins et Rouart
Li corbiax frere Tiecelin.
Tant en i vient par le chemin
Qu'il n'i paroit que gonfanons.
Frobert i vint li gresillons
A grant destroit, a grant estrif ;
Trestuit i vindrent fors Tardif.
Li rois est apuiez as estres,
Si regarda par les fenestres,
Vit venir penons et ensaingnes.
« Renart, regarde les compaingnes,
Dist li rois, des barons de pris !
Cil aquiteront mon païs
Vers toz honmes par lor puissance ;
De ce n'ai je nule doutance,
Bien seront li paien vaincu.
Mout avront les gens Dieu vertu ;
Et son chevalier, ce m'est vis,
Ainz mes tant ensemble n'en vis,
Non fist nul honme a mon cuidier. »
Et cil se prannent a logier
Es prez qui erent biax et lons,
Tendent tentes et paveillons.
 Quant tuit se furent atorné,
Es vos Brun el palés monté
Et li haut barons avec lui.
Li rois mout bien les recoilli
Et lor fist grant joie et grant feste,
A toz lor a conté son estre,
Et dist : « Seignors, a vos trestoz
Me plaing des paiens a estrouz
Que je voi en ma terre entrez.
Mes chastiax et mes fermetez
Pranent a force de lor gent.
Sachiez ce ne m'est bel ne gent
Que il sont tant par vos soufert.
Li chameus malement nos sert
Qui nos amainne ces paiens.
Mes nos avons des crestïens,
Tant que ja ne nos atendront,
Ançois cuit que il s'en fuiront.
— Sire, dist Belin li moutons,
Mout a ci de nobles barons,
Haus honmes et de grant lignage,
Si i a maint preudonme et sage
Qui savront bien conseil doner
Conment vos en devrez ovrer. »
Renart qui sist joste le roi
Li respont : « Belin, par ma foi,
Ce est voir, vos dites molt bien,
Vos n'i avez mespris de rien.
Mes ja conseil de cest afere
N'i avra pris fors du bien fere ;
Ançois movron demain matin.
— Sire Renart, ce dist Belin,
Vos dites bien, se Dex me saut.
Mes mesire Tardif nos faut,
Qui n'est pas encore venuz.
Ne sai por quoi s'en est tenuz. »
Mesire Rousiaus saut avant,
Et dist oiant tote la gent :
« Seignors, seignors, n'atendez pas
Tardif, qar il ne vendra pas,
Que il est mors, n'en doutez mie. »
Li rois a la parole oïe,
S'en fu dolent et si li dist :
« Rousel, di moi, se Diex t'aïst,
En quel lieu fu mort et conment.
— Sire, fait il, se Diex m'ament,
Je sai bien que il fu ocis,
Et si le vi, je vos plevis,
Tout mort, et si vi bien la plaie. »
Li rois l'oï, mout s'en esmaie,
Qar mout l'amoit et tenoit chier.
« Barons, si a grant encombrier,
Fait li rois, qar me conseilliez ! »
Ysengrin est levez en piez
Et dist au roi : « Lessiez ester,
Que mort ne puet on recovrer.
Puis que perdu l'avez par mort,
Querez qui le gonfanon port,
A qui que le doiez baillier ;
Il vos covient gonfanonnier.
— Voirs est, dist li rois, par mon chief,
Or gardez que ne vos soit grief,
De quel vassal nos le ferons.
— Sire, bon conseil i metrons. »
Fait chascun de la seue part.
A tant es vos les filz Renart,
Tuit .III. sont el palés monté
Si ont le roi haut salué
Que mout sont de bele parole.
Li rois les conjot et acole,
Conme celui qui est cortois,
Li rois les a assis touz trois
Et dist que mout sont bel et gent.
Maintenant conmande a sa gent
Que entre eus gonfanonnier facent
Si bon que de rien ne mesfacent.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)
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vendredi 15 juin 2018

Renart médecin - Tardif attaque Renart




Renart galope à perdre haleine,
R


enart s'en vet a longue alainne,
tellement il est content
d'être dehors et libre.
Même si on lui donnait cinq cents livres,
il ne voudrait pas se retrouver
dans la situation qu'il a vécue.
Tout en fuyant à grande allure,
il jette un coup d'œil par hasard
du côté d'un gros buisson,
et aperçoit un écuyer en train de pisser.
Son cheval se trouve au milieu de la route,
Renart va dans sa direction.
Il voit, accroché à la selle du cheval,
une sorte de récipient,
c'est en fait un superbe tambour
pour faire peur aux canards.
Un faucon est aussi attaché
à l'arçon de la selle.
Renart regarde tout cela avec intérêt
et s'approche sans hésiter,
en vérifiant qu'il est toujours en train de pisser.
Il arrive à côté du cheval,
impatient de l'avoir, et bondit dessus
sans autre forme de procès.
Il lui donne de grands coups de talon,
et le frappe de toutes ses forces.
Il met aussi le faucon sur son poing
au cas où il en aurait besoin,
tout content de l'avoir avec lui,
et part au galop.
L'écuyer entend du bruit,
il tire son épée de sa ceinture,
et se met aussitôt à courir après.
Mais Renart s'enfuit
sans prendre la peine de l'attendre,
et l'écuyer finit par le perdre de vue
incapable d'aller aussi vite.
Renart éperonne de plus belle,
et file à toute allure à travers bois,
jusqu'à un marais
à la sortie du bois,
où il découvre pleins de canards
dans un étang.
Quand il voit ça,
Renart va droit sur l'étang,
il n'a jamais été aussi content.
Il joue de son tambour, et tous s'envolent,
mais ils ne vont pas bien loin,
et il va tout faire pour en avoir.
Il détache aussitôt le faucon,
et le lance dans les airs.
Il se met à voler
de toutes ses forces,
puis se jette sur un canard
et le prend dans ses serres.
Renart le récupère vite fait,
puis reprend le faucon et le relance.
Il fonce aussitôt
sur un autre canard, il l'attrape
et le jette au sol,
Renart le ramasse aussitôt.
Il est heureux comme tout,
et félicite le faucon,
puis se remet en route.
Que dire d'autre ?
Il attrape trois autres canards d'un coup,
Renart saute de joie,
et les charge derrière lui, puis s'en va,
le faucon sur son poing,
très satisfait de son butin.
Il rentre dans le bois
et n'a pas fait trois pas,
quand il voit le limaçon arriver
la lance au poing, le bouclier en main,
droit sur son cheval,
et le heaume attaché, il est fort bien armé.
Il traverse un essart à toute vitesse.
La vue de Renart,
qui lui a causé tant d'ennui par le passé,
lui donne de la joie au cœur,
car il va pouvoir satisfaire sa rancune.
Il décide de se venger aujourd'hui même
pour tous les ennuis qu'il lui a faits,
et va lui faire payer sur-le-champ.
Quand Renart voit Tardif,
il aurait préféré être à cent lieues de là,
même sans cheval ni faucon.
Mais, voici le limaçon
qui fonce sur lui sans perdre de temps,
tellement il est remonté contre Renart.
Renart attache son faucon au plus vite
à sa selle avec un lien.
Mais Tardif éperonne son cheval
à toute vitesse,
lui donne un coup de lance
et le fait tomber de son cheval.
Renart se retrouve par terre à plat-ventre.
Il se remet debout tout étourdi, tant bien que mal,
prend son tambour par les cordes,
puis se dirige sur Tardif
avec la ferme intention de le cogner.
Tardif tire alors son épée
et s'apprête à le frapper,
mais Renart l'a pris de vitesse,
et lui donne un tel coup de tambour,
qu'il le renverse de son cheval.
Tardif tombe en-arrière de toute sa hauteur
sur son bouclier.
Quand Renart le voit à terre,
il se jette dessus, lui arrache son bouclier,
et le frappe à la tempe avec son tambour.
Il lui écorche complètement le visage
qui devient rouge de sang.
Il ramasse ensuite son épée,
une épée longue et solide,
lui enfonce à travers le corps,
et le tue net. Ensuite, il se remet en selle,
met son épée à la ceinture, et s'en va,
en emportant le bouclier vermeil
qui brille à la lumière du soleil.


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Grant joie en son cuer demainne
De ce qu'il est fors et delivres.
Mes qui li donnast .VC. livres,
Ne vodroit il estre en tel point
Con il a esté a cest point,
Et va fuiant grant aleüre,
Si regarda par aventure
Delez .I. buisson bel et grant,
.I. escuier trova pissant.
Son cheval fu en mi la voie,
Et Renart s'est mis a la voie
Et voit la sele el roncin,
Si i ot pendu .I. bacin
Dont en fet as anes peor ;
Mout i avoit cointe tabor.
De delez la sele a l'arçon
Avoit atachié .I. faucon.
Renart si l'avoit regardé,
Cele part va, n'i a tardé
Et choisi celui qui pissoit.
Vers le roncin que tant prisoit
S'en vient, que ne demeure plus,
Tot maintenant est sailli sus ;
Si le fiert grant cox des talons,
Renart le fiert de grant randons.
Trestot aussi com a besoing,
Le faucon a mis sor son poing
Dont il a en son cuer grant joie,
Esperonnant s'en va sa voie.
Li escuier oï la frainte,
S'espee trait qu'il avoit çainte,
Si cort aprés de maintenant,
Et Renart si s'en vet fuiant
Qui n'ot cure de son acort.
Li escuier l'ot perdu tost
Qui ne pot pas si tost aler.
Renart pense d'esperonner
Grant aleüre par le bois
Tant qu'il a trové .I. marois
A l'issue du bois ramé.
Anes i avoit a plenté
En .I. estanc qui i estoit.
Renart s'en va cele part droit ;
Quant Renart a l'estanc veü,
Onques mes plus joians ne fu.
Son tabor sone et eles saillent,
Je ne cuit pas q'ainsi s'en aillent ;
Se Renart puet, il en avra.
Tantost le faucon deslaça,
Les giez laça sanz demoree,
Et cil se mist a la volee
Qui mout durement s'esvertue ;
A tant a une ane abatue,
Soz lui la tint entre ses piez,
Renart s'est mout tost eslessiez,
Le faucon reprent, si le jete,
Et il tot maintenant s'adrece,
Si en a une autre saisie,
Contre la terre l'a chastie
Et Renart si l'a tantost prise.
Mout en fet grant joie et mout prise
Le faucon et mout le tient chier ;
Tantost se rest mis au frapier.
Qu'iroie lonc conte fesant ?
.III. anes prist en .I. tenant,
Renart mout grant joie en a fait,
Derrier lui trosse, si s'en vait ;
De son gaaing biau se deporte,
Desor son poing son faucon porte.
Es le vos enz el bois entré.
Mes il n'ot pas granment alé,
Quant vit le limaçon venir
La lance el poing, l'escu tenir
Sor .I. cheval tout afichié,
Bien armé, le hiaume lacié ;
Poingnant venoit par .I. essart.
Si tost con ot veü Renart,
Grant joie en ot en son corage,
Car il li ot fait maint donmage,
Mainte rancune et maint anui.
Vengier s'en cuide encore encui
De tout l'anui que fet li a ;
Orendroit, ce dit, li vendra.
 Quant Renart a Tardif choisi,
Lors vosist estre a Choisi
Tout sanz cheval et sanz faucon.
A tant es vos li limaçon
Qui vers lui vint sanz atargier.
En Renart n'ot que couroucier ;
Son faucon atache viaz
Desor son arçon a .I. laz,
Et Tardif le cheval brocha,
Que il mie ne demora,
Sel feri si de son espié
Que du cheval l'a mis a pié,
Toz estenduz chaï et plaz.
Il resaut sus pensis et maz,
Et son tabor par les laz prist.
Maintenant vers Tardif s'en vint,
De lui ferir forment s'afete,
Lors a Tardif l'espee traite,
Si s'est de ferir aprestez.
Mes Renart s'est .I. pou hastez,
Si le fiert tel coup du tabor
Qu'il l'abati du missoudor.
De si haut conme Tardif fu
Chaï envers sor son escu ;
Et quant Renart le vit chaü,
A lui cort, si li tolt l'escu,
Sel fiert del tabor lez l'oreille
Qu'il li fist la teste vremeille.
Tout le vis li a escorchié,
Si li a tolu son espié
Qui estoit grant et fors et gros,
Si li lance par mi le cors.
Mort l'a ; et puis s'apareilla.
S'espee ceint et puis s'en va,
Si en porte l'escu vremeil
Qui reluist contre le soleil.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)

dimanche 8 mars 2015

Le duel de Renart et d'Ysengrin - La plainte de Noble




Lors de notre concile annuel
Q


uant il fu au concile oen
avant la fête de la saint Jean,
Brun l'ours, Tibert le chat
et moi-même,
bien qu'il ait cocufié Ysengrin par malice,
lui avons tout pardonné,
quand il a pris la croix pour aller
en pèlerinage outre-mer.
Mais dès qu'il a pris congé de nous,
il s'est attaqué à seigneur Couard le lièvre
avec le fer de son bourdon,
et lui a transpercé les flancs,
car il voulait l'emporter.
Quand ce dernier me l'a rapporté,
je lui ai couru après
avec tous mes barons d'un seul élan,
mais il ne nous a pas demandé notre avis,
et s'est précipité dans son château.
Alors j'ai fait le siège devant, c'est la vérité,
mais il n'a jamais pu être pris
jusqu'à la nuit des Rogations.
Quand il était sûr que nous dormions,
il est sorti de son château,
puis est venu au camp à petits sauts,
et nous a tous attachés sans exception
à un arbre, par la queue ou par le pied.
Le perfide criminel a même fait pire
en m'attachant moi aussi,
avant d'aller vers la reine,
qu'il avait repérée allongée sur le dos.
Il lui a aussitôt grimpé dessus,
et a bien failli me coller la honte,
quand dame Noble a poussé un cri
si fort, que pas un de mes
barons ne se soit réveillé
pour lui venir en aide.
Ils voulaient tous s'élancer sur Renart,
mais il leur a fallu se rendre à l'évidence
qu'en dépit de leurs efforts et de leur bonne volonté,
ils ne pouvaient pas bouger d'un pouce.
Je me suis moi-même levé,
et j'ai tant tiré que je me suis blessé,
pour un peu j'ai failli rompre ma queue
qui s'en est trouvée rudement allongée.
On était tous dans la même situation,
quand seigneur Tardif le limaçon
a bondi en avant, l'épée tirée,
et a œuvré si bien,
qu'il nous a tous délivrés,
car, lui, n'avait pas été attaché.
Quand Renart, qui trompe tout le monde,
a vu cela, il a pris la fuite,
alors nous nous sommes mis à sa poursuite.
Il était près de sa porte,
et s'apprêtait à entrer à l'intérieur,
quand Tardif est arrivé à sa rencontre.
Il a fait preuve d'un courage étonnant,
en le prenant par l'oreille,
puis en le tirant et le secouant
de sorte qu'il ne pouvait plus avancer.
Il m'a été livré peu après,
et j'ai ordonné qu'il soit pendu.
Alors qu'on l'emmenait au gibet,
je lui ai tout pardonné
suite à la requête d'Hermeline,
qui est une demoiselle fort courtoise.
Et quand il est arrivé au gibet,
il s'est conduit comme un forcené,
et a tué Pelé le rat,
sans que personne ne s'en rende compte.
Puis il s'est enfui par une vallée,
avec toute ma suite à ses trousses.
Quand il a réalisé qu'il ne pouvait plus s'échapper,
il s'est mis à grimper dans un chêne.
J'ai fait apporter deux cognées,
et ordonné de couper le chêne,
il s'est alors demandé ce qu'il pouvait bien faire.
Faut-il vraiment qu'il soit scélérat !
Il s'est alors rapproché un peu du sol,
tenant un gros bout de bois dans la main,
et m'a donné un tel coup sur l'oreille,
que j'en ai eu la tête toute rouge.
J'ai dû m'allonger par terre
car je n'arrivais plus à me tenir debout.
Quand mes baron ont vu cela,
ils ont tous accouru à moi,
sans songer à le surveiller,
et Renart a pris la fuite.
C'est alors que j'ai proclamé mon ban,
cautionnant et enjoignant partout
quiconque pourrait le prendre,
de le pendre sur-le-champ.
Tout cela, seigneur Grimbert l'a vu,
et peut en témoigner car il y était.
Depuis, on n'a jamais pu le tenir,
mais maintenant qu'il est venu jusqu'à ma cour,
il sera, avant d'en repartir, soumis
à son jugement.
Renart, voilà tout ce que vous m'avez fait,
maudit soit cent fois celui qui trouverait ça bien !
Vous nous avez fait des misères depuis toujours,
toutes les bêtes se plaignent de vous.
Mais, par ma barbe, si je peux
en trouver le moyen,
quand vous me quitterez,
vous ne voudrez plus jamais attraper de bête.
Renart, fait-il, on vous hait trop. »


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Devant la feste saint Jehen,
De Brun l'ors, de Tybert le chat
Et de moi qui par son barat
Avoit Ysengrin escoupé,
Il li avoit tot pardonné,
Quant il prist la croiz por aler
Conme pelerin outre mer.
Si tost con de nos departi,
Dant Coart le lievre asailli ;
De son bordon qui est ferrez
Li a touz perciez les costez ;
Avec soi l'en voloit porter,
Quant ça s'en vint a moi parler.
Por lui prendre corui aprés
Et mi baron tuit a eslés ;
Il n'ot cure de nostre avel,
Ainz se feri en son chastel.
Ce fu verité, je l'asis ;
Mes onques ne pot estre pris
Jusque a la nuit de Rovoisons
Que bien sot que nos dormions ;
Lors fu de son chastel issuz,
A l'ost s'en vint les sauz menuz ;
N'i ot celui ne fust lïez
A arbre ou par queue ou par piez,
Dont il fist mout que fel encriemes
Dont il lia nis moi meïsmes.
Puis en ala vers la roïnne
Que veüe ot gesir souvine ;
Maintenant sor le cors li monte,
Toz fu pres de fere moi honte,
Quant dame Noble s'escriot
Si durement que il n'i ot
Baron qui ne fust esveilliez,
De lui aidier apareilliez ;
Vers Renart voloient destendre,
Mes a el les covint entendre,
Que por force ne par pouoir
D'ilec ne se porent movoir.
Je meïsmes me fui levez,
Tant sachié que je fui grevez ;
A poi n'oi la queue rompue
Qui estoit forment estendue.
Aussi nos trestuit estions,
Quant dant Tardif li limaçons
Sailli sus, s'a l'espee trete ;
Si a la besoigne si faite
Que il nos a touz deslïez :
Il n'avoit pas esté lïez.
Quant Renart qui le mont conchie
A veü ce, si torne en fuie,
Et nos nos fumes mis aprés ;
Si con il ert de son huis pres,
Que il voloit dedenz entrer,
Tardis li vint a l'encontrer
Qui mout ert proz a grant merveille ;
Si l'ot si pris par mi l'oreille,
Que por sachier ne por tirer
Ne pot onques avant aler.
Il me fu maintenant renduz,
Si conmandai qu'il fust penduz ;
As forches l'avoient mené,
Quant je li vi tout pardonné
Par la requeste d'Ermeline
Qui mout est cortoise meschine.
Et quant fu as forches menez,
Ne fist il bien que forsenez ;
Pelé le rat illuec murtri,
Onques nul ame nel senti.
Puis s'en foui une valee,
Ma gent ert toute aprés alee ;
Qant vit qu'il ne pot eschaper,
Sor .I. chesne prist a monter ;
.II. coingnies fis aporter,
Conmandai le chesne a couper.
Lors s'apensa qu'il porroit fere,
Enne fu il bien deputaire ?
.I. petit vers terre s'aprouche,
En sa main tint une grant çoche,
Tel me donna delez l'oreille,
La teste en ai toute vremeille.
A terre me covint venir,
Onc ne me soi si bien tenir.
Quant mi baron l'orent veü,
Tuit sont a moi acoreü ;
N'entendent pas a lui gaitier,
Et Renart s'est mis au frapier.
Et lors fis ge mon ban crïer,
Par tout plevir et afïer
Que quiconques le porroit prandre,
Tot maintenant le feïst pendre.
Tout ce veïstes et seüstes,
Sire Grimbert, que vos i fustes.
Ainz puis ne pot estre tenuz,
Mes or est il a cort venuz ;
Traïnez ert ainz qu'il s'en tort
Par le jugement de ma cort.
 Renart, tot ce m'avez vos fait ;
Qui biau ce est, .C. dahez ait !
Tout jors nos avez fet moleste,
De vos se plaint chascune beste.
Mes, par ma barbe, se je puis
Et je en mon conseille truis,
Qant vos de moi departirez,
Ja mes beste n'atraperez.
Renart, fait il, trop es haïs. »
La bataille de Renart et d'Ysengrin C'est la bataille de Renart et de Ysangrin (26)
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