vendredi 15 juin 2018

Renart médecin - Tardif attaque Renart




Renart galope à perdre haleine,
R


enart s'en vet a longue alainne,
tellement il est content
d'être dehors et libre.
Même si on lui donnait cinq cents livres,
il ne voudrait pas se retrouver
dans la situation qu'il a vécue.
Tout en fuyant à grande allure,
il jette un coup d'œil par hasard
du côté d'un gros buisson,
et aperçoit un écuyer en train de pisser.
Son cheval se trouve au milieu de la route,
Renart va dans sa direction.
Il voit, accroché à la selle du cheval,
une sorte de récipient,
c'est en fait un superbe tambour
pour faire peur aux canards.
Un faucon est aussi attaché
à l'arçon de la selle.
Renart regarde tout cela avec intérêt
et s'approche sans hésiter,
en vérifiant qu'il est toujours en train de pisser.
Il arrive à côté du cheval,
impatient de l'avoir, et bondit dessus
sans autre forme de procès.
Il lui donne de grands coups de talon,
et le frappe de toutes ses forces.
Il met aussi le faucon sur son poing
au cas où il en aurait besoin,
tout content de l'avoir avec lui,
et part au galop.
L'écuyer entend du bruit,
il tire son épée de sa ceinture,
et se met aussitôt à courir après.
Mais Renart s'enfuit
sans prendre la peine de l'attendre,
et l'écuyer finit par le perdre de vue
incapable d'aller aussi vite.
Renart éperonne de plus belle,
et file à toute allure à travers bois,
jusqu'à un marais
à la sortie du bois,
où il découvre pleins de canards
dans un étang.
Quand il voit ça,
Renart va droit sur l'étang,
il n'a jamais été aussi content.
Il joue de son tambour, et tous s'envolent,
mais ils ne vont pas bien loin,
et il va tout faire pour en avoir.
Il détache aussitôt le faucon,
et le lance dans les airs.
Il se met à voler
de toutes ses forces,
puis se jette sur un canard
et le prend dans ses serres.
Renart le récupère vite fait,
puis reprend le faucon et le relance.
Il fonce aussitôt
sur un autre canard, il l'attrape
et le jette au sol,
Renart le ramasse aussitôt.
Il est heureux comme tout,
et félicite le faucon,
puis se remet en route.
Que dire d'autre ?
Il attrape trois autres canards d'un coup,
Renart saute de joie,
et les chargent derrière lui, puis s'en va,
le faucon sur son poing,
très satisfait de son butin.
Il rentre dans le bois
et n'a pas fait trois pas,
quand il voit le limaçon arriver
la lance au poing, le bouclier en main,
droit sur son cheval,
et le heaume attaché, il est fort bien armé.
Il traverse un essart à toute vitesse.
La vue de Renart,
qui lui a causé tant d'ennui par le passé,
lui donne de la joie au cœur,
car il va pourvoir satisfaire sa rancune.
Il décide de se venger aujourd'hui même
pour tous les ennuis qu'il lui a faits,
et va lui faire payer sur-le-champ.
Quand Renart voit Tardif,
il aurait préféré être cent lieues de là,
même sans cheval ni faucon.
Mais, voici le limaçon
qui fonce sur lui sans perdre de temps,
tellement il est remonté contre Renart.
Renart attache son faucon au plus vite
à sa selle avec un lien.
Mais Tardif éperonne son cheval
à toute vitesse,
lui donne un coup de lance
et le fait tomber de son cheval.
Renart se retrouve par terre à plat-ventre.
Il se remet debout tout étourdi, tant bien que mal,
prend son tambour par les cordes,
puis se dirige sur Tardif
avec la ferme intention de le cogner.
Tardif tire alors son épée
et s'apprête à le frapper,
mais Renart l'a pris de vitesse,
et lui donne un tel coup de tambour,
qu'il le renverse de son cheval.
Tardif tombe en-arrière de toute sa hauteur
sur son bouclier.
Quand Renart le voit à terre,
il se jette dessus, lui arrache son bouclier,
et le frappe à la tempe avec son tambour.
Il lui écorche complètement le visage
qui devient rouge de sang.
Il ramasse ensuite son épée,
une épée longue et solide,
lui enfonce à travers le corps,
et le tue net. Ensuite, il se remet en selle,
met son épée à la ceinture, et s'en va,
en emportant le bouclier vermeil
qui brille à la lumière du soleil.


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Grant joie en son cuer demainne
De ce qu'il est fors et delivres.
Mes qui li donnast .VC. livres,
Ne vodroit il estre en tel point
Con il a esté a cest point,
Et va fuiant grant aleüre,
Si regarda par aventure
Delez .I. buisson bel et grant,
.I. escuier trova pissant.
Son cheval fu en mi la voie,
Et Renart s'est mis a la voie
Et voit la sele el roncin,
Si i ot pendu .I. bacin
Dont en fet as anes peor ;
Mout i avoit cointe tabor.
De delez la sele a l'arçon
Avoit atachié .I. faucon.
Renart si l'avoit regardé,
Cele part va, n'i a tardé
Et choisi celui qui pissoit.
Vers le roncin que tant prisoit
S'en vient, que ne demeure plus,
Tot maintenant est sailli sus ;
Si le fiert grant cox des talons,
Renart le fiert de grant randons.
Trestot aussi com a besoing,
Le faucon a mis sor son poing
Dont il a en son cuer grant joie,
Esperonnant s'en va sa voie.
Li escuier oï la frainte,
S'espee trait qu'il avoit çainte,
Si cort aprés de maintenant,
Et Renart si s'en vet fuiant
Qui n'ot cure de son acort.
Li escuier l'ot perdu tost
Qui ne pot pas si tost aler.
Renart pense d'esperonner
Grant aleüre par le bois
Tant qu'il a trové .I. marais
A l'issue du bois ramé.
Anes i avoit a plenté
En .I. estanc qui i estoit.
Renart s'en va cele part droit ;
Quant Renart a l'estanc veü,
Onques mes plus joians ne fu.
Son tabor sone et eles saillent,
Je ne cuit pas q'ainsi s'en aillent ;
Se Renart puet, il en avra.
Tantost le faucon deslaça,
Les giez laça sanz demoree,
Et cil se mist a la volee
Qui mout durement s'esvertue ;
A tant a une ane abatue,
Soz lui la tint entre ses piez,
Renart s'est mout tost eslessiez,
Le faucon reprent, si le jete,
Et il tot maintenant s'adrece,
Si en a une autre saisie,
Contre la terre l'a chastie
Et Renart si l'a tantost prise.
Mout en fet grant joie et mout prise
Le faucon et mout le tient chier ;
Tantost se rest mis au frapier.
Qu'iroie lonc conte fesant ?
.III. anes prist en .I. tenant,
Renart mout grant joie en a fait,
Derrier lui trosse, si s'en vait ;
De son gaaing biau se deporte,
Desor son poing son faucon porte.
Es le vos enz el bois entré.
Mes il n'ot pas granment alé,
Quant vit le limaçon venir
La lance el poing, l'escu tenir
Sor .I. cheval tout afichié,
Bien armé, le hiaume lacié ;
Poingnant venoit par .I. essart.
Si tost con ot veü Renart,
Grant joie en ot en son corage,
Car il li ot fait maint donmage,
Mainte rancune et maint anui.
Vengier s'en cuide encore encui
De tout l'anui que fet li a ;
Orendroit, ce dit, li vendra.
 Quant Renart a Tardif choisi,
Lors vosist estre a Choisi
Tout sanz cheval et sanz faucon.
A tant es vos li limaçon
Qui vers lui vint sanz atargier.
En Renart n'ot que couroucier ;
Son faucon atache viaz
Desor son arçon a .I. laz,
Et Tardif le cheval brocha,
Que il mie ne demora,
Sel feri si de son espié
Que du cheval l'a mis a pié,
Toz estenduz chaï et plaz.
Il resaut sus pensis et maz,
Et son tabor par les laz prist.
Maintenant vers Tardif s'en vint,
De lui ferir forment s'afete,
Lors a Tardif l'espee traite,
Si s'est de ferir aprestez.
Mes Renart s'est .I. pou hastez,
Si le fiert tel coup du tabor
Qu'il l'abati du missoudor.
De si haut conme Tardif fu
Chaï envers sor son escu ;
Et quant Renart le vit chaü,
A lui cort, si li toit l'escu,
Sel fiert del tabor lez l'oreille
Qu'il li fist la teste vremeille.
Tout le vis li a escorchié,
Si li a tolu son espié
Qui estoit grant et fors et gros,
Si li lance par mi le cors.
Mort l'a ; et puis s'apareilla.
S'espee ceint et puis s'en va,
Si en porte l'escu vremeil
Qui reluist contre le soleil.
Comment Renart fut empereur Ce est la branche Renart coment il fu Empereres (30)