vendredi 22 septembre 2017

Renart médecin - La peau du loup




Faites-moi donc fermer les portes,
O


r me fetes ces huis fremer
et faites-moi apporter
tout ce que je demanderai.
Je vais extirper le mal qui vous ronge,
et faire disparaître la fièvre quarte
qui vous coupe le souffle. »
Noble répond : « Bien volontiers,
vous aurez tout ce qu'il vous faut.
— Sire, dit-il, écoutez-moi bien.
Tout d'abord, il me faut
une peau de loup avec tous les poils.
Vous allez voir à quel point
je m'y connais en astrologie,
je vais vous rendre la santé. »
Ysengrin est pris de terreur
quand il l'entend dire ça.
Il prie Dieu de le protéger
pour ne pas être à la merci de Renart.
Il sait bien que si Renart arrive à ses fins,
il va le faire souffrir,
car il n'y a d'autre loup que lui ici.
Il comprend que Renart
veut se venger de lui aujourd'hui même.
Il tourne et retourne dans la cour,
tellement il aimerait être ailleurs.
Noble, après avoir entendu Renart,
soulève un peu les moustaches,
puis regarde tous ses barons.
Il voit le loup, et après réflexion,
lui dit : « Mon très cher ami,
vous allez pourvoir m'être utile
pour me soulager de mon mal. »
Renart ajoute : « Vous avez raison,
il vous sera fort utile
s'il veut bien vous prêter sa peau.
Il aura vite fait de la retrouver
avec la nouvelle saison,
il n'aura même pas froid la peau nue. »
Ysengrin répond : « Seigneur, n'en faites rien.
Voulez-vous déshonorer l'une de vos bêtes ?
Comprenez bien qu'il m'est impossible
d'être dépouillé de ma pelisse.
Je crois qu'il ne faut pas beaucoup m'aimer
pour vouloir me dépouiller ainsi.
Au nom de Dieu, épargnez-moi cela. »
Le roi est furieux d'entendre ça.
« Par mes yeux, fait-il, seigneur loup,
vous êtes bien téméraire
de me contredire ainsi,
mais vous allez en être récompensé,
on va bien voir qui m'aime, moi.
Seigneurs, dit-il, montrez-moi donc,
saisissez-le ici même devant moi,
et ôtez-lui sur-le-champ
cette peau qu'il nous refuse. »
Ils lui tombent dessus pour le mettre à mal,
ils arrivent de tous les côtés,
ils le prennent par les pieds et les bras,
et lui arrache la peau du dos.
Le malheureux est bien en peine,
et il sort de la pièce au trot,
il aura bien payé son écot.
Renart ajoute : « Sire, si tu veux bien,
fais exécuter mes autres souhaits.
Il te faut une lanière prise sur un cerf,
des bois jusqu'au derrière,
sur toute la longueur.
J'ai vu la manière de faire dans l'urine,
ce traitement va te guérir.
Trouves-en un, tu en as grand-besoin.
Cette lanière prise sur son dos,
utilisée comme ceinture,
te soulagera beaucoup, n'aie aucun doute.
Ni fièvre ni goutte au monde
ne te fera plus jamais souffrir,
je l'ai vu dans l'urinal.
— Cela est bien possible », répond le roi.
Voyant Brichemer assis à table,
il le désigne de la patte,
car il peine à ouvrir la bouche pour parler,
Le cerf est terrifié
par l'ordre du roi.
Les autres s'abattent sur lui, et le renversent,
ils lui prennent une bande de peau en longueur,
qu'ils tranchent au couteau,
en entaillant bien la peau,
puis lui brisent ses bois,
et le chassent hors la pièce.
Lui aussi aura cher payé son écot.
Tous deux n'auront plus jamais à payer ni redevance,
ni droit de douane dans les foires et les marchés,
et pourront aller partout librement.


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Et si me fetes aporter
Tout ce que vos demanderai.
Le mal du cors vos osterai,
S'osteré la fievre quartainne
Qui si vos fait perdre l'alainne. »
Et dist Noble : « Mout volentiers,
Vos avrez quant que ert mestiers.
— Sire, dist il, prenez en cure.
La piau du leu atot la hure
Estuet avoir premierement.
Ja verrez tot conmunement
Combien je sai d'astronomie ;
Ja vos metré el cors la vie. »
 Quant Ysengrin l'oï parler,
Il n'ot en lui qu'espoanter.
A Dieu prie que il le gart
Qu'il ne soit au voloir Renart.
Bien voit, s'il est a son voloir,
Que Renart le fera douloir,
Qar il n'i a leu plus que lui.
Renart se vengera de lui,
Ce voit il bien en icel jor.
Par mi la cort a fait maint tor,
Bien vosist estre autre part.
Noble qui ot oï Renart
.I. pou sorlieve les grenons
Et regarde toz ses barons.
Le lou esgarde toz pensis,
Si li a dit : « Biau doz amis,
Vos me pouez avoir mestier
Et mon malage asouagier. »
Et dist Renart : « Vos dites voir,
Il vos puet bien mestier avoir
Se il vos velt prester sa pel,
Et vez ici le tens novel
Que sa pel ert tost revenue,
N'avra pas froit a la char nue. »
Dist Ysengrin : « Sire, ne faites.
Volez vos donc honir voz betes ?
Sachiez ne m'est mie legier
De ma pelice despoillier.
Certes qui tant me tolt du mien
Bien sai qu'il ne m'ainment de rien,
Por Dieu or la me respitiez. »
Li rois l'entent, s'en fu iriez.
« Par mes eulz, fet se il, danz leus,
Mout estes ore outrageus
Qui ma parole desdeïtes,
Vos en avrez ja voz merites.
Je verré ja qui m'amera.
Seignors, dist il, or i parra,
Prenez le tout, mes elz voiant,
Et si li ostez maintenant
La pel dont il nos fet dangier. »
Cil corent por lui donmagier,
Si le prenent de toutes pars
Et par les piez et par les braz,
La pel li traient fors du dos.
Lors fu li las en mal repos,
De la sale s'en ist le trot,
Il a bien paié son escot.
 Dist Renart : « Sire, s'il te plest,
Fai mon voloir tot entreset.
Il t'estuet la corne du cerf
Du lonc prandre le mestre nerf
Qui soit .I. pou retrez ariere.
En l'orine vi la maniere,
La medecine dont garras.
Porchace toi, mestier en as ;
Et une corroie du dos,
Se tu l'as ceinte, en grant repos
En seras mis, n'en aies doute.
Soz ciel n'a ne fievre ne goute
Qui ja mes te feïst nul mal ;
Je l'ai veü en l'orinaI.
— Ce puet bien estre », fet li rois.
Brichemer voit seoir au dois,
Si l'a acené a sa poue,
Qar il ne pot movoir la joue.
Par le conmandement le roi
Fu li cerf mis en grant esfroi.
Il l'abatirent tout envers,
La corroie ont pris de travers,
Trenchie li ont au coutel,
Bien ont encisee la pel,
Et les .II. cornes li brisierent,
Fors de la sale le chacierent ;
Cil ot bien son escot paié.
Ja mes en foire n'en marchié,
Tonlieu, paiage ne devront,
Mes par tout quitement iront.
Comment Renart fut magicien C'est la branche Renart si com il fu mires (29)
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