mercredi 31 juillet 2013

Ysengrin, l'ours Patou et le paysan - La ruse de la paysanne




Messieurs, la femme est sage et fidèle,
S


eignors, fame est et foie et sage,
mais perd facilement la raison à cause de son cœur.
Elle devient folle quand elle ne peut obtenir
ce qu'elle désire,
mais sait se montrer sage, quand on lui demande,
car elle a vite fait de trouver une idée,
ou de dire une vérité pour un mensonge
si elle en a besoin.
Comme disent les sots,
elle est plus rusée que le diable.
Je pense pour ma part
qu'elle est sage ou folle à la perfection.
Il est fort avisé celui qui a dit
et mis dans son livre,
que selon l'endroit et le moment,
on a bien besoin de folie ou d'intelligence.
La femme du paysan a du bon sens,
et après avoir mûrement réfléchi,
elle dit à son mari
que s'il veut, demain
elle mettra ses vêtements à lui,
et ira jusqu'au jambon,
et quand viendra le moment de montrer son cul,
elle pourra leur exposer sa grande fente.
Quand le paysan l'entend, il éclate de rire :
« Par Dieu, fait-il, tu as bien raison. »
Quand le jour arrive, ils se lèvent,
et partent ensemble vers le bois.
Puis il lui explique la suite du chemin
qui mène à travers les arbres jusqu'au hêtre.
Quand elle y parvient,
les deux barons qui l'attendent
sous l'arbre,
la prennent pour le paysan.
Ils lui disent alors : « Seigneur paysan,
que Notre-Dame vous prête main-forte aujourd'hui ! »
L'ours Patou continue :
« Seigneurs, fait-il, c'est le grand jour,
faites vite ce que vous devez,
Seigneur Ysengrin, montrez-nous d'abord votre cul.
— Très volontiers, seigneur, dit-il.
mais dites-moi d'abord comment. »
Il répond qu'on étire son corps,
on se penche en avant,
on lève sa queue en arrière, puis on ouvre son cul,
de sorte qu'à travers l'entrée
on puisse voir les boyaux
d'autant mieux que le tuyau est large.
« Seigneur Ysengrin, lui dit Patou,
votre cul est rudement gros.
Paysan, dit-il, à votre tour de vous pencher,
montrez-nous donc le vôtre de cul. »
Celle-ci baisse sa culotte
qu'elle avait attachée autour de son fessier,
fait un grand écart
pour bien montrer ses attributs,
et met la tête en bas pour mieux se pencher.
Les deux autres regardent ça,
Patou est tellement ébahi
qu'il se signe de la patte droite :
« Nom de Dieu, dit le loup,
en découvrant la grandeur du trou de ce cul,
c'est là un sacré cul,
personne ne peut rien faire contre cela.
À mon avis, insiste le loup,
je crois bien qu'il y a deux trous. »
Patou répond : « Prenez garde d'approcher,
même si vous avez tant envie de le voir.
Moi, je ne me risquerai pas à l'examiner,
je ne voudrais pas qu'il m'enflamme. »
Celle-ci leur dit : « Regardez bien,
car mon cul a coutume
de souvent montrer son cou,
il m'est d'autant plus cher pour cela. »
Patou s'écrie : « Ysengrin, fuyez !
Allons-nous-en, nous sommes quittes.
Paysan, dit-il, prenez-le jambon
et emportez-le chez vous. »
C'est ce qu'elle fait aussitôt après s'être relevée.
Il n'y a rien à ajouter à cette branche.


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Et mout est fole de corage ;
Fole est, que ne se set partir
D'une chose qu'a en desir ;
Et sage est, car quant on li rove,
Tost a trové une controve,
Et verité dit por mençonge,
S'ele en a mestier et besoigne.
Ce nos dient cil fol musart :
Plus que deable a .I. art.
Mes je di ce a ma partie
Que sage et fole est par mestrie.
Mout fu sages cil qui ce dist
Et qui en son livre le mist :
Selonc les eures et le tans
A bien mestier folie et sens.
Mout est fame de parfont sens.
Et ceste prist mout bon porpens,
Si a raconté son seignor
Que se il velt, demain au jor,
Que ses garnemens vestira
Et por le bacon s'en ira,
Et se ce vient as cus mostrer
Grant fendace porra mostrer.
Li vilain l'ot, et si s'en rit :
« Par Dieu, fet il, mout as bien dit. »
Quant vint au jor, levé se sont
Et par le bois andui s'en vont ;
Il li ensaigne bien la voie
Jusque a l'estre par mi l'arbroie.
Et quant ele i est parvenue,
Por le vilain l'ont conneüe
Li dui baron qui l'atendoient
Desouz le fou o il estoient.
Il li ont dist : « Sire vilain,
Damedieu vos doint hui bon main ! »
Premier parla Patous li ors :
« Seignors, fet il, ja est granz jors,
Faites tost foi que me devez.
Sire Ysengrin, vo cul mostrez.
— Sire, dist il, mout volentiers.
Or me dites conment premiers. »
Son cors estent on par devant,
Puis par deriere en estupant
Lieve sa queue, le cul bee ;
Jusque laiens par mi l'entree
Li puet on veoir les boiiax,
Tant par est larges li tuax.
« Sire Ysengrin, ce dist Patous,
Mout est vo cul grant et estous.
Vilain, dist il, ore estupez :
Le vostre cul remosterrez. »
Cele a ses braies avalees
Qu'ele avoit a son cul fermees ;
Ele a fait large enforcheure
Por bien mostrer cele nature ;
Son chief mist bas por estuper.
Cil la prennent a regarder ;
Tant s'en est Patous merveilliez,
De son pié destre s'est saingniez :
« Nomini dame, dist li leu,
A cest cul devisent tuit treu ;
Se ice la est trestout cus,
Contre cela ne se prent nus.
Il m'est avis, ce dist li leus,
Par foi que g'i voie .II. treus. »
Ce dist Patous : « Garde de pres,
Se del veoir es si engrés.
Je n'i ai soing d'aboeter,
Ne m'i estuet point alumer. »
Cele lor dist : « Or escoutez :
Mes cus est touz acostumez
Sovent de son col afichier,
Por ce l'ai je tot tens plus chier. »
Ce dist Patous : « Ysengrin, fui te !
Alon nos en, clamons li quite.
Vilain, dist il, pren le bacon
Et si l'enporte en ta meson. »
Ele si fist et lieve sus.
De ceste branche n'i a plus.
L'ours, le loup et le paysan qui montrèrent leur cul De l'ours et du lou et du vilain qui monstrerent leur cus (17)
Notes de traduction (afficher)

lundi 29 juillet 2013

Ysengrin, l'ours Patou et le paysan - Un jambon pour trois




J'aimerais vous raconter quelques vers,
J


e vos voil uns vers conmencier,
mais j'ai peur de vous ennuyer avec.
Je me tairai si vous voulez,
mais si vous préférez, je vous dirai
ce qui est arrivé à Ysengrin
par un beau matin après s'être levé.
Dame Hersent avait bien pris soin de lui,
et il s'était remis de ses douleurs.
Il est maintenant bien gras, ragaillardi,
et tout aussi félon, hardi et orgueilleux.
Il s'en va à grande allure
à travers le bois où il habite,
et rencontre en route
un paysan, qui a trouvé
un jambon tombé
de la charrette de deux ermites.
Il le tient derrière lui avec une corde.
Ysengrin arrive vers lui :
« Où vas-tu ? dit-il, halte-là !
— Pourquoi ? fait l'autre. — Ma foi, pour cela.
Où as-tu volé ce jambon ?
— En vérité, dit-il, je l'ai trouvé.
— Trouvé ? alors j'ai droit à une part,
d'un bout à l'autre, et jusqu'à la corde. »
Le paysan lui répond : « Ma foi,
seigneur Ysengrin, je veux bien. »
Les deux barons se sont donc mis d'accord
en un rien de temps sur le jambon.
Pendant qu'ils discutent
et cherchent comment le partager,
voici à son tour, un ours
qui vient à pleine course.
Quand il arrive sur eux,
il tombe en arrêt sur le jambon :
« À qui donc est ce jambon, seigneur loup ?
— Seigneur, répond-il, il est à nous deux.
— Je veux avoir ma part, dit-il,
en toute amitié bien sûr, et sans vous forcer. »
Le paysan lui répond : « J'accepte.
— Ma foi, moi aussi, lui dit le loup.
Soyons donc associés
tous trois, et puis partageons-le.
— Seigneurs, dit-il, merci à vous.
Vous avez fait de moi votre ami,
mettez-le donc là sur mon dos,
et je l'emporterai dans ce bois,
car si quelqu'un survenait,
il aurait vite fait de vouloir nous en prendre. »
Sur ce, ils lui mettent sur le dos,
et retournent dans le bois.
Puis ils jettent le jambon sur l'herbe,
et les trois compagnons discutent
comment le partager avec équité.
L'ours, qui est le plus intelligent,
leur dit puisque rien n'est arrêté :
« Seigneurs, si vous voulez mon avis,
nous allons plutôt le laisser là cette nuit, pendu
à ce hêtre qui est grand et beau.
Puis nous reviendrons demain matin,
et nous nous montrerons nos culs à tous les trois,
et celui qui aura le plus gros cul,
pourra emporter tout le jambon. »
Le loup dit : « D'accord.
— Ma foi, moi aussi, dit le paysan. »
Ils attachent le jambon en hauteur,
puis s'en vont tous les trois.
Le paysan arrive dans sa maison,
où l'attendent ses enfants :
« Où êtes-vous, dit-il, dame Aimée ?
— Je suis ici, seigneur, répond sa femme,
pourquoi avez-vous tant tardé ?
— Ma sœur, dit-il, c'est parce que j'ai trouvé
un bon jambon dans ce bois.
Je n'en ai jamais vu de si gros de mes propres yeux.
Mais nous sommes trois compagnons dessus,
savez-vous comment nous allons le partager ?
Demain matin, nous retournons là-bas tous les trois,
puis chacun montrera son cul aux autres,
et celui qui aura le plus gros cul
pourra emporter le jambon. »


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Mes je vos crien mout anuier ;
Se vos volez, je me teré,
Et se voulez, je parleré
Conment avint a Ysengrin
Qui se leva par .I. matin.
Dame Hersent l'ot bien gardé
Et de ses dolors respassé ;
Ore est tot cras et revelous,
Fel et hardiz et orgueillous ;
Grant aleüre s'en aloit.
Par mi cel bois ou il estoit,
En mi sa voie a encontré
.I. vilain qui avoit trové
.I. bacon qui estoit chaüz
De la charrete a .II. reclus ;
Il le tenoit devers la hart.
Ysengrin vint de l'autre part :
« O vas ? dist il, esta illeuc !
— Por qoi ? fait il. — Par foi, poreuc :
Ou as tu cel bacon enblé ?
— Par foi, fait il, ainz l'ai trové.
— Trové ? dont i avré je part
D'outre en outre jusqu'a la hart. »
Dist li vilain : « En moie foi,
Sire Ysengrin, et je l'otroi. »
 Acompaingnié sont li baron
En poi d'eure por le bacon.
Endementiers que il parlaient
Et que il departir volaient,
Estes vos d'autre part .I. ors
Qui lor est venuz a plain cors.
Si con il fu illec venuz,
Sor le bacon s'est arestuz :
« Et qui est cil bacon, dant lous ?
— Sire, dist il, c'est a nos deus.
— J'en voil, dist il, ma part avoir,
Par amistié, non par pooir. »
Dist li vilains : « Et je l'otroi.
— Et je, ce dit li leus, par foi.
Or en soion dont compaingnon
Tuit .III. et bien le departon.
— Seignor, dist il, vostre merci.
Conquis m'avez a vostre ami.
Or le metez ci sor mon dos,
Je l'enporteré en cel bos,
Qar tiex i porroit sorvenir
Qui tost le nos voudroit tolir. »
A tant li ont sor le dos mis,
El bois se sont ariere mis ;
Sor l'erbe jetent li bacon,
S'en parolent li compaingnon
Conment il soit partiz a droit.
Li ors, qui plus sages estoit,
Lor dist, qu'il n'i est arestez :
« Seignor, se mon conseil creez,
Enhui mes le leron pendant
A cest fou qui est bel et grant,
Et le matin ci revendron,
Et trestuit .III. nos cus mostron ;
Et cil qui graingnor cul avra,
Le bacon tout en portera. »
Ce dit li leus : « Et je l'otroi.
— Et je, dist li vilains, par foi. »
Le bacon ont en haut levé
Et puis s'en sont tuit .III. alé.
Li vilain vint en sa meson
Ou l'atendent si enfançon :
« Ou estes vos, dist il, dame Ame ?
— Je sui ci, sire, dist sa fame,
Por quoi avez tant demoré ?
— Suer, dist il, que je ai trové
.I. bon bacon enz en cel bos,
Ainz de mes eulz ne vi si gros ;
Mes nos somes .III. compaingnon
Sez conment nos le partiron ?
Le matin iron la tuit troi,
Si mosterron nos cus tuit troi ;
Qui graingnor cul porra mostrer
Le bacon en porra porter. »
L'ours, le loup et le paysan qui montrèrent leur cul De l'ours et du lou et du vilain qui monstrerent leur cus (17)
Notes de traduction (afficher)

samedi 20 juillet 2013

Ysengrin et les deux moutons - Coups de cornes




Belin est le plus rapide,
B


elins estoit li plus igniax,
car il est le plus jeune.
Bernard est plus âgé,
parce qu'il est né avant lui.
Tous deux s'éloignent
comme le loup leur a expliqué.
Puis il leur dit : « Seigneurs, partez !
et faites du mieux que vous pouvez. »
Belin part à toute vitesse.
Quand il arrive sur le loup, il baisse ses cornes,
et frappe Ysengrin de toutes ses forces.
Ce dernier est projeté à la renverse,
et se retrouve étendu par terre de tout son long.
Alors qu'il se relève, voici Bernard
qui le frappe de l'autre côté,
et l'envoie valser derrière Belin.
Ils lui ont brisé quatre côtes,
ils ont bien failli le tuer.
Puis ils décampent aussitôt
en se moquant du loup.
Il s'évanouit plus de cent fois,
il est dans une grande détresse,
le sang qui jaillit de son nez avec force
coule à flot
Puis il se calme un peu
et reprend ses esprits :
« Ah ! je suis las, dit-il, pauvre de moi,
le malheur me tombe toujours dessus.
On dit de l'épervier,
qu'à tant vouloir chasser l'alouette,
il la saisit trop vite en plein vol,
et la laisse s'échapper.
Ces seigneurs, ces diables vivants
ont fait de moi leur arbitre,
mais étais-je vraiment tenu
de répartir ces terres ? »
Cette branche est courte mais bonne,
et rend très bien si elle est bien dite.
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Qui estoit le plus jovenciax ;
Mes Bernart estoit plus senez,
Por ce qu'il estoit li ainz nez.
Conmunement sont esloingnié,
Si con li leus l'ot desresnié.
Il lor a dit : « Seignor, movez !
Fetes le miex que vos pouez. »
Belin s'esmuet de grant ravine ;
Quant vient au leu, ses cornes cline,
Par grant vertu fiert Ysengrin
Si qu'il le giete tot sovin,
Tout estendu, de l'autre part.
Au relever es vos Bernart
Qui le fiert en l'autre costé,
Devers Belin le ra gité.
Qatre costes li ont brisié,
A bien petit l'ont mort lessié ;
Puis si s'en tornent a itant,
Du leu s'en vont escharnissant.
Il se pasme plus de .C. foiz,
Si est angoisseus et destroiz ;
Le sanc li saut a grant randon
Par mi le nes a grant foison.
Quant il fu .I. poi acoisiez,
De pasmoison est repairiez :
« Ha ! las, dist il, dolenz chaitis,
Con sui maleürez tout dis.
La costume ai a l'esprevier,
Que l'aloe vet tant chacier
Que il la prent par tost voler
Et puis si l'en relet aler.
Li vif deable, li seignor,
M'avoient fet partisseor ;
Et que devoit a moi tenir
De terre donner et partir ? »
Ceste branche est bone et petite
Et bien fete, s'ele est bien dite.
Comment Ysengrin partagea la terre aux deux moutons Si conme Ysangrin parti la terre aux .II. moutons (16)
Notes de traduction (afficher)

dimanche 14 juillet 2013

Ysengrin et les deux moutons - Le différend




Je vais maintenant vous reparler d'Ysengrin.
O


r vos redirai d'Ysengrin
Il s'est remis en route
car il veut rentrer chez lui.
Alors qu'il marche en batifolant,
il entend des brebis bêler dans un champ,
et décide alors d'y faire un tour.
Au moment où il sort du bois,
il voit deux moutons dans le champ.
L'un s'appelle Belin, et l'autre Bernard,
ce sont les préférés de seigneur Tiehart.
Ils s'amusent au bout du champ
en se heurtant de leurs cornes.
Leur bergère est partie
pendant qu'ils se battaient,
et le berger les a oubliés,
ils sont maintenant loin d'ici.
Ce paysan n'y connaît vraiment rien,
car la mauvaise garde nourrit le loup !
Ni Bernard ni Belin
ne font attention à Ysengrin.
Si ces deux là ne se montrent pas plus prudents ou avisés,
ce combat va leur porter malheur.
Comme Belin est le plus peureux des deux,
Bernard prend la parole en premier :
« Bienvenu à vous, cher seigneur loup !
— Je ne vous salue ni l'un ni l'autre,
car je ne salue jamais les bêtes
que je vais manger.
— Seigneur Ysengrin, nous savons bien
que nous sommes tous deux à votre merci,
et que vous nous mangerez ensemble
à l'heure de votre choix.
Mais, s'il vous plaît, par votre droiture,
rendez-nous d'abord un service
en nous mettant d'accord,
et l'on s'y tiendra coûte que coûte.
Il dit que ce champ est le sien,
et moi je dis qu'il est à moi.
Seigneur, si vous le partagez
et le faites si bien,
que j'obtienne ma part
et que vous donniez l'autre à Bernard,
vous pourrez alors faire de nous deux
tout ce que vous voudrez. »
Ysengrin répond : « Bien volontiers,
mais dites-moi d'abord comment.
— Seigneur, restez en bordure du champ,
et chacun de nous se reculera,
puis nous viendrons vers vous en courant.
Celui qui arrivera le premier,
aura une part du champ d'autant plus grande
qu'il aura couru vite. »
Ysengrin dit : « D'accord,
reculez loin de moi maintenant,
Belin ira vers la droite,
et Bernard ira à gauche. »
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Qui se remist en son chemin,
Car il s'en voloit repairier.
Qant il ala esbanoier,
Les brebiz vit es chans beller ;
Cele part en prist a aler.
Si con il fu del bois issuz,
.II. moutons a es chans veüz :
L'un fu Belin, l'autre Bernart ;
Mout les amoit sire Tieharz.
Au chief du champ s'esbaneoient
Et de lor cornes se hurtoient,
Que qu'il fesoient lor mellee,
Lor bergiere s'en est alee,
Li bergier les ot oublïez ;
Illuec s'en erent outre alez.
Li vilain qui mout par sot peu
La male garde pest le leu !
Si entre Bernart et Belin
Ne se gardent voir d'Ysengrin.
Se cil ne sont et sage et cointe,
Mar i fu fete cele pointe.
Belin si fu le plus coarz ;
Premierement parla Bernarz :
« Bien veingniez vos, biau sire lous !
— Je ne vos salu mie andeus ;
Ja beste ne saluerai
Puis que je mengier la vodrai.
— Sire Ysengrin, nos savon bien
Que nos somes ambedui tien
Et que andui nos mengeras
De quel eure que tu voudras.
Mes se toi plet par ta franchise,
Primes nos fai tant de servise,
Entre nos .II. met acordance,
Si tendra l'en a grant vaillance ;
Qar il dit que cest champ est siens
Et je redi que il est miens.
Sire, se vos le partisiez
Et el champ bien nos meïssiez,
Si que je veïsse ma part,
Et l'autre en doinsissiez Bernart,
Dont pouez fere vo plaisir
De nos .II. et toz vo desir. »
Dist Ysengrin : « Mout volentiers.
Or me dites conment premiers.
— Sire, soiez en la foriere ;
Chascun de nos se traie ariere,
Ci devant vos vendron corant.
Cil qui premier vendra avant
De tant con il plus tost corra,
La greingnor part du champ ara. »
Dist Ysengrin : « Et je l'otroi.
Or vos traiez en sus de moi.
Belin ira de ça a destre
Et Bernart ira a senestre. »
Comment Ysengrin partagea la terre aux deux moutons Si conme Ysangrin parti la terre aux .II. moutons (16)
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