vendredi 15 mai 2020

Le mariage du roi - Le jugement de Plateau




Ysengrin réclame en fait
Y


sengrin s'est plains voirement
le serment de Renart.
Proposons, si vous êtes d'accord,
en vérité, vous devriez l'être,
qu'il le fasse devant le roi,
en toute humilité et sans provocation,
et que la paix soit faite sans discussion. »
Brun dit : « Plateau, voilà qui est bien parlé. »
Mais Cointereau le singe objecte :
« Ce jugement est trop rapide.
Que faites-vous de l'accusation
de Renart à l'encontre d'Ysengrin ?
J'affirme selon le droit qu'il doit lui faire
des excuses en jurant sur les saints,
car trahir est une vilaine chose,
seuls les impudents osent le faire.
— Par mes yeux, répond le léopard,
je préfère ce jugement,
je le trouve très bien ainsi. »
Grimbert ajoute : « Moi aussi. »
Les voilà donc trois de cet avis
contre les deux autres !
Le cerf dit alors : « Passons à la suite,
pourtant Dieu m'est témoin, je me retiens
de dire ce que je pense vraiment
depuis que nous sommes réunis ici.
Bref, voyons comment Renart doit réparer
les dommages causés à Chantecler. »
Grimbert répond : « Dites-le donc, seigneur,
c'est d'ailleurs votre devoir de le faire.
— Eh bien, j'affirme au nom du droit
que Renart devrait être exécuté
sans délai
pour l’homicide qu'il a commis.
Il faut le pendre au gibet,
au minimum lui couper le pied droit
pour ce crime.
Il ne l'a pas nié lors de l'accusation,
à mon avis, il s'est condamné lui-même.
Et surtout, il a enfreint la paix
promise par le roi. »
Le singe fait une grimace dans son dos
en tirant la langue,
puis prend la parole :
« Seigneur Brichemer, c'est donc votre avis ?
— Oui, et vous Cointereau, qu'en pensez-vous ?
— Je crois que vous êtes devenu fou !
Même si on me donnait deux mille livres,
je ne tiendrais jamais de tels propos
devant le roi, car c'est une folie
de condamner un si grand baron
à être pendu comme un quelconque voleur,
surtout quand il s'agit d'un officier du roi.
Quiconque dirait cela au roi,
se verrait désavoué,
pire même, perdrait son estime.
N'ai-je pas entendu Renart dire
qu'il l'a fait pour venger le roi,
après s'être fait injurier ?
Il serait préférable de réviser votre jugement.
Il me semble que Renart a agi pour le roi
dans le respect du droit,
puisqu'il était à son service.
S'il avait commis un acte encore pire,
pour lequel on devrait le poursuivre,
c'est à son maître d'en décider.
Ne jugez pas à la hâte,
et laissez le roi prendre la décision.
Il me semble plus juste,
pour réparer la mésaventure
de Chantecler, un homme de grande valeur,
afin que la paix revienne entre eux,
que Renart lui fasse hommage
en le dédommageant.
Une telle issue me parait préférable.
— Seigneur Cointereau, répond Plateau,
tout cela est très bien,
mais je ne partage pas du tout cet avis,
car même si le roi a un officier
un tant soit peu méchant,
ayant des difficultés
à faire respecter ses ordres,
il ne doit pas pour autant tuer
au nom de la famille royale.
Et si quelqu'un le vilipende,
il doit alors le dénoncer au roi,
qui exercera sa vengeance
pour cette faute, s'il le souhaite.
Voilà ce qui me semble plus juste. »
Grimbert, qui n'a rien à faire de son avis,
et avait été à bonne école,
lui reprend la parole :
« Eh là ! dit-il, seigneur Plateau,
passez-nous un peu le relai
et arrêtez de parler,
surtout pour nous répéter
qu'on ne doit jamais tuer personne.
Comme on dit, l'amour du maître peut changer,
mais aussi, comme vous le savez,
qui m'honore, honore aussi mon chien.
Supposons, par les saints de Rome,
que je sois l'officier d'un homme riche,
qui me demande
de veiller sur ses terres,
et d'exercer sa vengeance
en cas de délit.
Imaginons, quelqu'un qui m'insulte,
ignorant ma bienveillance,
qui méprise mon maître
et me prend pour un moins que rien.
Et bien je pourrais tout à fait venger cet affront !
Mais si je laisse à mon maître le soin de le faire,
alors c'est que je ne sers à rien.
À mon avis, il est plus raisonnable
de faire régner la paix sur ses terres
et de faire respecter son honneur.
Quiconque me cause de la honte ou des ennuis,
le fait à l'encontre de mon seigneur.
Or, Chantecler n'a pas nié
que le paysan, par sa méchanceté,
et Coupée, par son manque de respect,
ont fait preuve de mépris envers le roi. »
Brichemer répond : « Je vois,
chacun défend les siens !
Le roi fera ce qu'il souhaite,
mais n'abandonnera pas son vassal. »
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De ce qu'il velt son serement.
Esgardons, se vos le loez
Et por voir dire le poez,
Qu'il li face devant le roi
Tot sanz orgueil et sanz desroi ;
Si soit la pes sanz contredit. »
Dist Brun : « Platiaus, bien avez dit. »
 Ce dist li singes Cointeriaus :
« Cist jugemenz est trop isniaux.
Que direz vos dont de la reste
Que Renart sor Ysengrin giete ?
Je di par droit que premerains
Li escondie cil as sainz,
Que traïson, c'est lede chose,
Mout est hardiz qui faire l'ose.
 — Par mes ieulz, ce dist li lieparz,
Miex me contieng que cist esgarz
Et je le lo tres bien ainsi. »
Dist Grimbert : « Et je autresi. »
A ce dit se tienent li troi
Et li dui sivent lor ostroi.
 Ce dist li cers : « Gardons aprés,
— Si m'aïst Diex, il se va pres,
Puis que nos somes ci ensemble,
Que je ne di ce que moi senble —
Conment Renart doit amender
La mesfaiture Chantecler. »
Respont Grimbert : « Dites le, sire,
Autresi l'avez vos a dire.
— Dont di ge por bien et por droit
Que tot sanz respit orendroit
Devroit estre Renart desfait
Por l'omicide qu'il a fait.
As forches en doit penduz estre
Au meins ou perdre le pié destre
Que connut a la felonnie.
Aprés le clain nel noia mie,
Mout me semble qu'il s'est mesfaiz.
Ensorquetot il a la pais,
Que li rois a juree, enfraite. »
Li singes a la langue traite,
Si li fait moe par derriere,
Puis parole en tel maniere :
« Danz Brichemer, loez le vos ?
— Oïl, voir, Cointerel, et vos ?
— Or me semble que soiez yvres.
Qui me donroit .IIM. livres,
Ne diroie ge tel parole
Devant le roi, que ele est fole,
Qu'en jugera si haut baron
A pendre con autre larron,
Nis mesmement serjant le roi.
Ja qui devant lui tel desroi
Dira, ja gré ne l'en savra
Ne ja miex ne l'en amera.
Dont n'aï ge que Renart dist
Que por le roi vengier le fist,
En quel servise fu ledengiez ?
Droiz est que miex l'entengiez.
Bien me semble que ce soit droiz
Ce que Renart fist por li rois,
Puis qu'en son servise le fist.
Se plus grant merveille feïst,
Dont on li deüst fere anui,
Doit li sires prendre sor lui ;
Si ne jugiez mes del desroi.
Li jugemenz iert sor le roi.
Bien me senbleroit a droiture
Que por ceste mesaventure
Por Chantecler qui mout est preuz
Et por la pes metre entr'eus deus,
Que Renart l'en feïst homage
En l'onorance del damage ;
Li pIes me senble ainsi plus biax.
— Dant Cointerel, ce dist Platiax
Vos alez auques pres de bien,
Mes ce ne loe ge de rien
Que se li rois a son serjant
.I. petitet maliciant,
S'aucuns n'a son aaisement
De faire son conmandement,
Que li vassaus por ce l'ocie
Par le pooir de sa mesnie.
Mes s'aucun li fait deshonor,
Mostrer le doit a son seignor.
Li sires preigne la venjance
A son gré de la mesestance.
Issi me semble la droiture. »
Grimbert qui de ce n'avoit cure
Et ot esté a bone escole
Li a rescoussé la parole :
« Avoi, dist il, sire Platel,
.I. poi nos prestez le batel
Et vostre parole avalez.
De tant selonc l'araisonez
Que nului ne doit on tuer.
Amors de seignors puet muer,
Mes on dist, si le savez bien,
Qui moi honore, et mon chien.
Or por les sainz qui sont a Rome,
G'iere serjanz a .I. riche home,
Sa terre m'avra conmandee
Qui par moi soit tres bien gardee,
Et se nus i fait mesprison,
Ne remaigne sanz venjoison,
Puis me fera aucun laidure
Qui de m'amor n'avera cure,
Moi et mon seignor despira
Et moi noient ne prisera,
Je porrai vengier le medire.
Puis si leré mon seignor dire,
Dont sui ge por noient assis.
N'est sages hon, ce m'est avis,
A la pais garder de la terre
Et a l'onor mon seignor querre.
Qui me dit honte ne mesfait,
Mon seignor meïsmes le fait.
Et Chantecler neu noia mie
Que li vilains par felonnie
Et Coupee tot sanz respit
N'eüssent le roi en despit. »
Dist Brichemer : « De ce le vi :
Ne trait noient chascuns a lui.
Li sires son talant fera,
Por son home nel lessera. »
Le mariage que Renart fit au roi Noble le lion Ci conmance le mariage que Renart fist au roi Noble le lyon (M24)
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