dimanche 1 janvier 2012

Le jugement de Renart - Renart se confesse à Grimbert




“Messire Noble le lion
M


esire Noble le lyons,
qui, de toutes les régions
et de toutes les bêtes, est le roi et le seigneur,
promet à Renart la honte, la torture,
de grands ennuis et de grosses contrariétés,
s'il ne vient pas demain lui faire réparation
dans sa cour même, devant son peuple ;
mais qu'il n'apporte ni or ni argent.”
Quand Renart entend la nouvelle,
son cœur se met à battre fort dans sa poitrine,
et son visage entier s'assombrit.
« Mon Dieu, fait-il, Grimbert, pitié,
quel malheur d'avoir tant vécu.
Conseillez le pauvre misérable que je suis,
car demain je serai pendu.
Comme je voudrais être dans les ordres en ce moment
à Cluny ou à Clairvaux !
Pourtant je connais tant de faux moines
que je crains qu'il serait alors approprié d'en sortir,
il est donc préférable que je m'en abstienne.
— Ne vous souciez pas de cela, dit Grimbert.
Vous avez encore beaucoup chance,
tant que vous êtes ici sans personne autour.
Confessez-vous sans tarder,
et faites le à moi de préférence
car je ne vois pas de prêtre plus près. »
Renart répond : « Seigneur Grimbert,
c'est là un judicieux conseil,
car si je vous donne ma confession
avant que la mort n'approche,
il ne peut en advenir aucun mal,
et si je dois mourir, mon âme sera alors sauvée.
Écoutez donc mes pêchés.
Messire, je me suis entiché
d'Hersent, la femme d'Ysengrin,
et je vais vous dire le fin mot de l'histoire :
c'est avec raison qu'elle a été soupçonnée
car je l'ai vraiment baisée.
Je m'en repens maintenant, Dieu, c'est ma faute,
maintes fois je lui est battu la croupe.
J'ai fait tant de torts à Ysengrin
que je ne puis le réfuter à aucun procès.
Dieu, prenez mon âme sous votre protection !
Je l'ai fait capturer trois fois,
et je vais vous dire de quelle manière.
Je l'ai fait tomber dans le piège à loup
lorsqu'il a voulu manger l'agneau.
On lui a alors si bien battu la peau
qu'il a pris une volée de cent coups
avant de pouvoir partir de la maison.
Je l'ai fait s'enfoncer dans la boue
où trois bergers l'ont trouvé,
et ils l'ont battu comme un âne à coups de pommeau.
Il y avait trois jambons ensemble
dans un garde-manger chez un brave homme,
je lui en ai tant fait manger
qu'il n'a pas pu sortir par où il était entré
tellement il était ventru.
Je l'ai fait pêcher dans la glace
jusqu'à ce qu'il ait la queue gelée.
Je l'ai aussi fait pêcher dans la fontaine
la nuit quand la lune était pleine,
et voyant son reflet blanc dans l'ombre,
il a cru avoir trouvé un fromage.
Il s'est fait aussi bien vite trahir
devant la charrette de plies.
Cent fois je l'ai vaincu, conspué ou humilié.
Par la pure force de ma ruse,
je lui ai fait croire qu'il était moine.
Il prétendit alors qu'il serait même chanoine,
jusqu'au moment où on le vit manger de la viande.
Il fallait être fou pour faire de lui un berger.
Je n'aurais pas assez d'aujourd'hui pour vous raconter
toute la honte que j'ai pu lui faire.
Il n'y a pas une bête à la cour du roi
qui ne puisse se plaindre de moi.
J'ai fait prendre Tibert dans un collet
alors qu'il croyait aller manger des rats.
De toute la famille de Pinte,
excepté elle-même et sa tante,
il n'est resté ni coq ni poule
dont je n'ai pas fait mon repas.
Un jour, il y eut devant mon trou
une troupe de sangliers, de vaches, de bœufs
et autres animaux bien armés,
qu'Ysengrin avait amenée
pour mettre fin à notre guerre.
J'enrôlais alors Ronel le mâtin.
Ils étaient bien sept mille compagnons,
que des chiens et des chiennes, que des molosses.
Tous furent battus et blessés,
mais ils furent bien mal payés
car je les ai privés de leur solde.
Quand les armées en vinrent aux mains,
par ruse et par tromperie,
je leur ai soustrait leur paiement,
puis en dernier, je leur ai fait une grimace.
Je m'en repens maintenant, Dieu, c'est ma faute.
Je souhaite à présent faire repentance
pour tout ce que j'ai pu faire dans ma jeunesse.
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Qui de toutes les regions
Et des bestes est roi et sire,
Mande Renart honte et martire
Et grant anui et grant contraire,
Se demain ne li vient droit faire
Enz en sa cort devant sa gent,
Si n'i aport or ne argent.”
Quant Renart entent la novele,
Le cuer li bat soz la mamele,
Tot le viaire li nerci.
« Por Dieu, fet il, Grimbert, merci ;
Mout hé l'eure que je tant vif.
Conseilliez cest dolent chaitif,
Qar je seré demain penduz ;
Si vodroie ore estre renduz
A Cligni ou a Clerevaus ;
Mes je connois tant moines faus
Que je crieng qu'esir m'en coviengne,
Si est bien droiz que je m'en tiengne.
— N'aiez de ce, dist Grimbert, cure.
Vos estes en grant aventure
Tant con vos estes ci sanz gent.
Confessez vos a moi briément ;
Rent toi a moi ançois confés,
Qar je n'i voi prestre plus pres. »
Renart respont : « Sire Grimbert,
Ci a conseil bon et apert,
Car se je vos di ma confesse,
Devant ce que la mort m'apresse,
De ce ne puet venir nus max :
Se je muir, si serai toz saux.
 Ore entendez a mes pechiez.
Sire, j'ai esté entechiez
De Hersent, la fame Ysengrin ;
Mes or vos en dirai la fin,
S'ele en fu a droit mescreüe,
Car voirement l'ai je foutue ;
Or m'en repent, Diex, moie coupe,
Mainte foiz li bati la croupe.
Ysengrin ai je tant forfet
Que nel puis veer a nul plet.
Diex, toi rent m'ame en garison !
.III. fois l'ai fet metre en prison,
Si vos dirai en quel maniere.
Jel fis chaoir en la loviere,
La ou il vost mangier l'aignel ;
La ot si bien batu la pel
Qu'il prist .C. cox de livroison
Ainz qu'il partist de la meson.
Jel fis el brai bien enbroier,
Ou le troverent .III. berchier,
Sel batirent con asne a pont.
.III. bacons avoit en .I. mont
Chiés .I. preudonme en .I. lardier ;
De ceus li fis je tant mengier
N'en pot issir, tant fu ventrez,
Par la ou il estoit entrez.
Jel fis peschier par la gelee
Tant qu'il ot la queue gelee.
Jel fis peschier en la fontaine
Par nuit quant la lune estoit plaine ;
De l'ombre de la blanche ymage
Cuida avoir trouvé fromage.
Et si refu bien tost traïz
Devant la charrete as plaïz,
.C. foiz vaincu, hué et mat.
Par fine force de barat
Li fis je tant que il fu moines,
Puis dist que il seroit chanoines,
Quant on li vit la char mengier.
Fox fu qui de lui fist berchier.
Je ne vos aroie hui retrait
La honte que je li ai fait.
Il n'a beste en la cort le roi
Qui ne se puist plaindre de moi.
Je fis Tybert chaoir es laz,
Quant il cuida mengier les raz.
De tout le parenté Pintain
Fors solement lui et s'antain,
N'i a remés coc ne geline
Dont je n'aie fet ma cuisine.
Quant li oz fu devant mon crues
De senglers, de vaches, de bues
Et d'autres bestes bien armees,
Qu'Isengrin i ot amenees
Por cele guerre metre a fin,
Reting Roonel le mastin ;
Bien furent .VIIM. compaingnon,
Que chien, que lisses, que gaingnon ;
Tuit furent batu et plaié,
Mes malement furent paié,
Qar je lor toli lor soudees.
Quant les oz furent assemblees,
Par guile et par conchiement
Lor toli ge lor paiement ;
Au derreain lor fis je lobe.
Or m'en repent, Diex, moie coupe.
Or voil venir a repentance
De qanque je fis en m'enfance.
Comment Renart trompa Brun l'ours avec le miel Si conme Renart conchia Brun li ours du miel (10)
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