samedi 28 août 2010

Primaut et les harengs - Le pardon de Renart




Quand Primaut le voir venir,
Q


uant Primaut l'a veü venir,
il ne peut se retenir de pleurer
pour le tort qu'il lui a fait.
Car il pense bien, il sait même,
que l'autre doit être colère.
Il se dresse alors sur ses pattes
et va à sa rencontre.
Quand ils sont côte à côte,
il le salue en tremblant.
Mais Renart fait semblant
de ne l'avoir ni vu ni entendu.
Primaut se sent méprisé,
quand il voit que l'autre ne veut rien lui dire :
« Ah ! fait-il, mon très cher seigneur,
répondez-moi s'il vous plaît,
ne soyez pas tant chagriné
pour le peu que je vous ai fait.
Mais, si je vous ai fait quelque chose de mal,
je suis tout prêt à faire réparation,
si vous souhaitez me le demander.
Je n'agirai plus jamais à votre encontre.
— Par Dieu, lui dit Renart le roux,
Primaut, ne vous moquez pas de moi.
Si vous avez mangé par gourmandise
votre oison à vous tout seul,
ne me racontez pas de bêtises
car ça n'est pas raisonnable.
N'exagérez pas non plus votre fortune,
ni votre talent,
si vous avez du mépris envers moi.
Je sais bien que vous la réparerez
et peu importe le moment que vous choisirez,
comme on le verra en temps et lieu.
— Seigneur, lui dit Primaut le loup,
que Dieu me garde, je me rappelle
vous avoir causé du tort et des ennuis,
je mérite donc d'être blâmé.
Mais vous avez déjà été vengé,
car alors que je voulais le manger,
Mouflard qui était en quête d'une proie,
scrutait, et me vit le tenir.
Il se mit à foncer sur moi,
lança sa patte, puis happa l'oison.
La vérité est qu'il m'a échappé.
Je comprends bien maintenant pourquoi
les paysans emploient avec raison le dicton,
qui dit qu'entre bouche et cuillère
il arrive souvent de gros ennuis.
Mais je n'ai pas pris garde à ça,
puis le vautour ne s'est pas attardé
et s'est envolé sur un chêne.
Je me suis mis à sa poursuite,
et je l'ai prié par amitié
de m'en donner la moitié.
Il m'a dit que je gaspillais mon français
et que jamais je n'en mangerai,
que je le haïsse ou que je le supplie.
Jamais, que Dieu me rende ma dignité,
malgré mes prières et mon sermon,
il n'a voulu m'en donner un peu.
Ainsi, je me suis fait avoir,
et je suis malheureux et en colère.
Et comme j'ai commis une faute envers vous,
je suis aussi affligé et préoccupé.
Je ne suis pas raisonnable comme vous l'êtes.
Le fou doit faire ses folies,
puis apprendre à en venir à bout.
Pour l'amour de Dieu, seigneur, ne soyez pas peiné,
et faisons donc la paix.
À tout pêcheur miséricorde,
je m'en remets à votre grâce.
— Ma foi, dit Renart, je vous l'accorde,
vous m'avez vraiment fait du tort,
mais je vous le pardonne volontiers.
Puisque vous vous en remettez à moi,
je suis disposé à accepter votre parole.
Vous me donnez votre bonne foi;
dorénavant, et c'est normal,
vous aurez aussi la mienne. »
Primaut dit : « Je l'accepte aussi. »
Il n'y a donc plus à discuter ni à se quereller,
au contraire ils se prêtent serment.
Mais si Renart le peut vraiment,
il manquera sa parole dès que possible.


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De plorer ne se pot tenir
Por ce que forfet li avoit,
Car il pensoit bien et savoit
Que il en estoit corouciez.
Lors s'est en son estant dreciez,
Et est encontre lui alez,
Et quant il furent lez a lez,
Si l'a salué en tremblant.
Et Renart li a fait semblant
Que ne l'ait oï ne veü.
Primaut se tient por deceü
Quant voit que ne li velt mot dire :
« Ha ! fet se il, biau tres doz sire,
Responez moi se vos volez ;
Ne soiez pas si adolez
Por rien que je vos aie fet.
Mes se je vos ai rien forfet,
Je sui tot prest de l'amender
Si con le vodrez demander.
Ja n'en iré encontre vos.
— Par Dieu, ce dist Renart li rous,
Primaut, que ne me gabez mie,
Se vos avez par glotonnie
Tot par vos mengié vostre oison,
Ne m'en dites pas desraison,
Car ce ne seroit pas savoir.
N'en croistrïez pas vostre avoir
Ne vostre los ne vostre pris,
Se vos avez vers moi mespris.
Bien sai que vos l'amenderez
Toutes les eures que vodrez,
Et il en sera tans et leus.
— Sire, ce dist Primaut li leus,
Se Diex me gart, je m'en recort
Que fet vos ai anui et tort,
Bien en doi estre ledengiez.
Mes bien avez esté vengiez,
Car si con mengier le vouloie,
Moflart qui aloit querant proie
Garda, si le me vit tenir,
Vers moi conmença a venir,
Giete la pate, sel hapa.
Voirs est que l'oison m'eschapa.
Lors soi je bien et puis savoir :
Li vilain dit reson et droit
Qui dit qu'entre bouche et quillier
Avient sovent grant encombrier.
De ce ne me donnoie garde,
Et li voltor point ne se tarde,
Sor .I. chesne est avolez.
J'alai aprés touz aroutez,
Si le proié par amistié
Que il m'en donnast la moistié.
Il dist que mon françois gastoie,
Et que ja mes n'en mengeroie
Par haïne ne par amor.
Onques, se Diex me doint henor,
Por proier ne por sermonner
Ne m'en volt .I. petit donner.
Einsi en ai esté trichiez,
S'en sui dolent et corouciez
Quant je onques vers vos mespris,
Si en sui dolens et pensis.
Ne sui pas sages con vos estes.
S'un fox a ses folies faites,
Aprés si en vient il a chief.
Por Dieu, sire, ne vos soit grief,
Et si en fesomes l'acorde,
De pecheor misericorde,
En vostre merci me metrai.
— Par foi, dist Renart, je l'otroi.
Tort me feïstes voirement,
Si le vos pardoing bonement,
Puis que vos en metez sor moi,
Je en voudré avoir la foi.
Bone loiauté me tendroiz
D'ore en avant, et il est droiz,
Et vos avrez la moie aussi. »
Dist Primaut : « Je l'otroi issi. »
N'i ot plus parlé ne tencié,
Ainz se sont entrefiancié,
Mes se Renart puet voirement,
La foi faudra prochainement.
Comment Renart et Primaut vendirent les vêtements au prêtre contre un oison Si conme Renart et Primaut vendirent les vestemenz au prestre por un oyson (8)
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