lundi 19 avril 2010

Primaut fait prêtre - Renart trouve des hosties




Écoutez maintenant une autre histoire,
O


r escoutez une autre estoire,
je vais vous raconter celle d'un prêtre
qui passe à travers une plaine.
Il porte une boîte sur sa poitrine,
qui est toute pleine d'hosties.
Le prêtre franchit à grand peine
une haie qu'il doit passer.
Alors qu'il avançait, la boîte
tombe sans qu'il s'en aperçoive.
Renart, qui court de ce côté,
trouve la boîte et la prend.
Il la met rapidement dans sa poche,
il ne fait aucun bruit à aucun moment,
et s'enfuit à travers champs
jusqu'à ce qu'il soit bien loin du chemin.
Alors, Renart dit : « Que Dieu me comprenne,
je vais regarder maintenant ce qu'il y a là-dedans. »
Il ouvre la boîte, et il y trouve
une bonne centaine d'hosties, voire plus.
Alors, il les mange sans se retenir,
toutes, sauf quatre qu'il emporte.
Il s'amuse tout en marchant,
et tient dans sa bouche les hosties
qui sont pliées en deux.
Puis il monte sur une grande colline,
et regarde loin devant; il voit Primaut
le loup, le frère d'Ysengrin,
qui arrive le long d'un chemin
en s'efforçant d'aller vite.
Au moment où l'autre voit Renart, il le salue :
« Seigneur Renart, soyez bien venu.
— Primaut, que Dieu vous bénisse,
répond Renart, et ayez une bonne journée.
— D'où venez-vous si réjoui ?
Où allez-vous ? — Je m'en vais chanter
dans une église au delà de ce bois,
je suis sur le chemin qui y mène.
— Mais qu'est-ce que vous portez ?
— Ma foi, lui dit Renart, des gâteaux
d'église, très bons et très beaux.
— Des gâteaux ! fait Primaut, par saint Gilles,
où les avez-vous pris, cher seigneur ?
— Où ? ma foi, là où ils étaient,
ils n'attendaient nul autre que moi.
— Donnez les moi, très cher ami.
— Certainement, seigneur, très volontiers,
fait Renart qui n'était pas ivre,
ils valent cinq cents livres. »
Alors, Renart lui donne
les hosties de bonne grâce.
Elles font beaucoup de bien à Primaut :
« Renart, fait-il, que Dieu te protège,
où les as-tu prises ? En as-tu encore ?
— Non, répond Renart, mais je les ai prises
dans une église près d'ici.
— Elles sont vraiment très bonnes à manger,
fait Primaut, si j'en avais plus,
je les mangerais volontiers.
Car, par la foi que je dois à l'âme de mon père,
je ressens une faim si cruelle
qu'elle me torture, par saint Germain,
je n'ai mangé aujourd'hui ni viande, ni pain,
ni poisson, ni aucune autre nourriture,
j'ai peur que mon cœur ne lâche.
— Tout cela n'a plus d'importance, dit Renart,
viens, nous irons dans une église
où il y en a encore beaucoup.
Tu en auras jusqu'à ce que tu sois guéri
de la faim qui te tiraille si méchamment,
par saint Romacle.
Tu auras cette nourriture aujourd'hui même,
tu en prendras à volonté.
— Renart, fait-il, vous m'avez sauvé,
au nom de Dieu, si vous pouvez tant faire
que je puisse remplir mon ventre,
alors, je vous en récompenserai
d'autant d'or que vous aurez besoin.
— Sur ma tête, vous en aurez,
répond Renart, si vous voulez me croire,
et tout cela sous le nez du prêtre.
L'église est très près d'ici,
partez devant, je vous suivrai. »


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Si vos conteron d'un provoire
Qui passoit au travers d'un plain.
Une boiste porte en son sain
Qui toute estoit d'oublees plainne.
Li prestres passoit a grant painne
Une soif que a passer ot.
La boiste, si con il alot,
Li chaï qu'il ne s'en perçut.
Renart qui cele part corut
Trova la boiste, si la prent,
En son sain la mist vistement.
Onques n'en fist noise ne bruit,
Toz en travers les chans s'en fuit
Tant qu'il fu bien loing de la voie.
Lors dist Renart : « Se Diex me voie,
Le verré ja que ici a. »
La boiste ovri, si i trouva
Mout bien .C. oublees ou plus,
Et il les menja sanz refus
Toutes fors .IIII. qu'il enporte.
En tost aler mout se deporte.
En sa bouche tient les oublees
Qui furent en .II. ploiz doublees.
A tant s'en monte .I. tertre haut,
Garda avant, si vit Primaut
Le leu qui fu frere Ysengrin,
Qui s'en venoit tot .I. chemin
Et de tost aler s'esvertue.
Ou voit Renart, si le salue :
« Sire Renart, bien veniez vos.
— Primaut, Diex beneïe vos,
Fet Renart, et bon jor aiez.
— Dont venez vos si eslessiez ?
Ou alez ? — Por chanter m'en vois
A .I. moustier outre cel bois,
Por aler i sui aroutez.
— Mes que est ce que vos portez ?
— Par foi, ce dist Renart, gastiax
De mostier mout bons et mout biax.
— Gastiax ! fet Primaut, por saint Gile,
Ou les preïstes vos, biax sire ?
— Ou ? par foi, la ou il estoient,
Nul autre fors moi n'atendoient.
— Donnez les moi, biax amis chiers.
— Par foi, sire, mout volentiers,
Fet Renart qui ne fu pas yvres,
S'eles valoient .VC. livres. »
A tant li a Renart donnees
A bele chiere les oublees.
Mout furent bones a Primaut :
« Renart, fait il, se Diex te saut,
Ou les preïs en as tu mes ?
— Nenil, fet Renart, mes ci pres
Les pris ge dedenz .I. moustier.
— Mout par sont bones a mengier,
Fet Primaut, se plus en avoie,
Mout volentiers en mengeroie,
Foi que doi a l'ame mon pere,
Que je sent la fain trop amere
Qui me destraint : par saint Germain,
Ne menjai hui ne char ne pain,
Ne poisson ne autre vitaille ;
Peor ai le cuer ne me faille.
— Tout ce, dist Renart, n'a mestier.
Vien, si iron a .I. moustier
Ou il en a encor assez,
Tant que tu soies respassez
De la fain qui si mal te trace,
Tu en avras, par saint Romacle.
Tele viande huimés avras,
A ta volenté en prendras.
— Renart, fet il, gari m'avez,
Por Dieu, se tant fere pouez
Que je peusse ma pance emplir,
Encor le vos porré merir
Tele ore que besoing avroiz.
— Par mon chief, et vos en avroiz,
Fet Renart, se me volez croire,
Tout mau gré le nes au provoire.
Le moustier si est ici pres,
Alez avant, g'irai aprés. »
Comment Renart fit Primaut, le frère d'Ysengrin, prêtre Si conme Renart fist Primaut le frere Ysangrin prestre (7)
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