Ils ne se sentent aucun courage, car ils ont rudement faim. Mais par un merveilleux hasard, ils trouvent une grande andouille le long du chemin, dans un sillon. Renart la saisit en premier. Tibert lui dit : « Dieu nous aide ! cher compère Renart, j'ai droit à une part. — Comment donc, lui dit Renart ? Qui veut vous priver d'un morceau ? Ne vous ai-je point assuré ma loyauté ? » Tibert est très peu rassuré sur ce que seigneur Renart lui affirme : « Compagnon, dit-il, mangeons la donc. — Holà, dit Renart, nous ne le ferons pas. Si nous restons ici, nous ne la mangerons jamais en paix. Il nous faut l'emporter plus loin. » Alors Tibert dit : « Je suis d'accord », quand il voit qu'il ne peut en être autrement. Renart est maître de l'andouille, il la serre par le milieu entre ses dents de tel sorte que chaque bout pend. Quand Tibert voit qu'il l'emporte il en est fortement démoralisé. Il voudrait bien l'avoir car il sait bien que selon tout vraisemblance, si elle est partagée par Renart, il en aura le mauvais morceau. Tibert s'approche un peu de lui, et dit : « Je ne vois que malveillance ! Comment portez-vous cette andouille ? Ne voyez-vous pas comme elle se salit ? Vous la traînez dans la poussière, et vous bavez dessus entre vos dents, j'en ai le cœur tout barbouillé. Mais je vous promets une chose, si vous la portez ainsi plus longtemps je vous la laisserai complètement. Moi, je la porterais tout autrement. » Renart dit : « Et comment ? — Passez-la-moi, et ainsi vous verrez, lui dit Tibert. De plus, il est normal que je doive vous en alléger car vous l'avez vu en premier. » Renart ne cherche pas à lui refuser, et se met à réfléchir. Car, si Tibert la prenait aussi en charge, il serait d'autant plus vite abattu, et il pourrait mieux la lui reprendre. Alors, il le laisse prendre l'andouille. Tibert est tout joyeux. Il prend l'andouille avec habileté, il met l'une des extrémités dans sa gueule, puis la balance, et la couche sur son dos avec soin. Ensuite, il se tourne vers Renart : « Compagnon, fait-il, vous porterez ainsi l'andouille quand vous l'aurez à nouveau, car elle ne touche plus la poussière, et je ne la salis pas avec ma gueule. Je ne la porte pas avec mépris, un peu de bonnes manières rapporte plus que beaucoup de grossièreté ou plein de gourmandise ne valent. Nous nous en irons ainsi jusqu'à ce que nous arrivions sur ce tertre, où je vois cette croix plantée. Nous mangerons votre andouille là-bas. Je ne veux pas que nous l'emportions ailleurs. Mais je veux la manger en cet endroit. Là-bas, nous n'aurons plus rien à craindre, car nous verrons venir de partout, tout ceux qui voudront nous faire du mal. C'est pour ça qu'il est préférable de s'y rendre. » Renart n'a cure de tout cela. Mais Tibert part devant lui à très grande allure sur le chemin. Sa course ne prendra fin que lorsqu'il arrivera à la croix. Renart est très en colère quand il se rend compte de la ruse. Il s'écrit à pleine gorge: « Compère, attendez-moi donc ! — Renart, dit Tibert, ne vous inquiétez pas, il n'arrivera rien sinon du bien. Mais suivez-moi sur les talons. » | 1940 1944 1948 1952 1956 1960 1964 1968 1972 1976 1980 1984 1988 1992 1996 2000 2004 2008 2012 2016 2020 2024 | N'i a celui qui son cuer sente, Que fain avoient fort et dure. Mes par merveilleuse aventure, Une grant andoille ont trovee Lez le chemin en une aree. Renart l'a premerain saisie, Et Tibert a dit : « Diex aïe ! Biau compains Renart, g'i ai part. — Conment dont ? ce a dit Renart, Qui vos en velt tolir partie ? Ne vos ai je ma foi plevie ? » Tybert mout poi s'i aseüre En ce que dant Renart li jure. « Compains, dist il, quar la menjons. — Avoi, dist Renart, non ferons. Se nos ici demorion, Ja en pais n'i mengerion. Porter la nos covient avant. » Et dist Tybert : « Je le greant », Quant vit qu'autrement ne puet estre. Renart fu de l'andoille mestre : Par le mileu as denz l'estraint Que de chascune part l'estraint. Quant Tybert vit que il l'enporte, Mout durement s'en desconforte. Volentiers la voudroit avoir, Qar il set bien trestout de voir, S'ele est a partir a Renart, Il en avra mauvese part. .I. poi s'est de li aprimez, Dist Tybert : « Or voi mauvestiez. Conment portez vos cele andoille ? Ne veez vos con ele soille ? Par la poudre la traïnez, Et a vos denz la debavez. Tot le cuer m'en va ondeant. Mes une chose vos greant : S'ainssi la portez longuement, Je la vos leré quitement ; Mout la portasse ore autrement. » Et dist Renart : « Et vos conment ? — Mostrez la ça, si le verrez, Ce dist Tybert, car il est droiz Que je vos en doie alegier, Que vos la veïstes premier. » Renart ne li quiert ce veer, Et cil se prent a porpenser Que, s'il estoit auques chargiez, Tant seroit il plus tost plesiez, Et miex le porroit il reprandre : Por ce li fet l'andoille prandre. Tybert ne fu pas petit liez. L'andoille prant con afaitiez, L'un des chiés en met en sa boche, Puis la balance, si la couche Desor son dos conme senez, Si s'en est vers Renart tornez. « Compains, fait il, ci porteroiz L'andoille quant vos la ravroiz, Qar ele a la poudre n'atoche, Ne je ne la soil a ma bouche ; Ne la port pas vilainement. Mout vaut .I. pou d'afaitement Que ne fet assez vilanie Ne plain .I. val de lecherie. Et tout einssi nos en irons Tant que en cel tertre vendrons Ou je voi cele croiz fichie. La soit vostre andoille mengie, Ne voil que aillors la porton, Mes illeques la mengeron. La ne pouons nos riens cremir, Car de partout verron venir Toz ceus qui nos vodront mal fere. Por ce nos i fait il bon trere. » Renart de tout ce n'eüst cure, Mes Tybert mout grant aleüre Se met devant lui au chemin. Onques de corre ne prist fin Tant qu'il est a la croiz venuz. Renart en est mout irascuz Qui s'aparçut de la voisdie. A plainne bouche li escrie : « Compains, dist il, car m'atendez. — Renart, dist il, ne vos doutez : Ja n'i avra rien se bien non, Mes suiez moi a esperon. » |
moi je l'ai lu au collège et c'est bien mais il y a des passages moins bien :) et je vous le conseille vivement ;)
RépondreSupprimermoi tout au contraire j'ai pas du tout aimer
Supprimerbonjour je suis pareille que toi car pourtant j'aime les histoires comme celles-ci
Supprimer1975: "cœur" et non "coeur"
RépondreSupprimer1981: "passez-la-moi" avec deux traits d'union
2006: "jusqu'à ce que nous arrivIons"
2026: "suivez-moi" avec trait d'union
Merci !
JA
C'est corrigé. Merci d'avoir signalé les fautes.
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