vendredi 22 mai 2009

Renart et Hersent - L'explication de Renart




Voici, piquant des éperons à travers les broussailles,
E


z vos poignant par mi les broces
Ysengrin, qui se précipite au beau milieu des noces.
Il ne parvient pas du tout à se contenir,
alors qu'il pourrait venir à eux,
il s'écrit plutôt très-haut :
« Renart, Renart, tout doux,
par les saints du ciel, vous m'avez déshonoré. »
Renart est vif et rapide,
et il lui dit tout en s'en allant :
« Seigneur Ysengrin, ai-je gagné cette colère
pour bons et loyaux services ?
Voyez comme Hersent est prisonnière ici;
ainsi je l'aide à se délivrer
et à s'ôter de ce trou,
et pour ça vous êtes tout effrayé !
Pour Dieu, cher seigneur, ne croyez pas
que je lui ai fait la moindre chose,
ni soulevé ses vêtements ni retiré sa culotte.
Je le jure sur mon corps et sur mon âme;
je n'ai rien fait de mal à votre femme.
Et pour nous défendre, elle et moi,
là où vous voudrez bien l'accepter,
je vous le jurerai sous serment
avec l'approbation de vos meilleurs amis.
— Un serment ! traître convaincu,
en vérité, vous vous protégez pour rien.
N'imaginez plus de mensonges,
ni de vaines paroles ou autres fictions,
aucun prétexte ne convient,
ce qui est arrivé est complètement évident.
— Eh là ! lui dit Renart, cher seigneur,
vous pourriez me parler beaucoup mieux,
vous ne devriez pas soutenir cela.
— Comment ? ai-je les yeux crevés ?
croyez-vous que je n'y vois goutte ?
Dans quel pays enfonce-t-on et pousse-t-on
une chose qu'on veut tirer vers soi,
comme je vous ai vu faire à Hersent ?
— Ma foi, seigneur, lui dit Renart,
vous savez que ruse et habileté
valent mieux pour protéger quelque chose,
quand on ne peut pas le faire avec la force.
Hersent est prise dans ce terrier,
mais elle est vraiment lourde et grosse;
je ne peux en aucune manière la tirer de là
à reculons par ce trou.
Elle y est entrée jusqu'au ventre,
et le terrier a une ouverture étroite.
Mais il est plus large plus loin,
c'est pourquoi je voulais la pousser dedans.
De plus, la tirer vers moi serait vain
car je me suis cassé la jambe l'autre jour.
Vous avez à présent entendu la vérité,
vous devez maintenant me croire,
à moins que vous ne vouliez imaginer
quelque prétexte comme vous avez coutume.
Et quand la dame sera tirée de là,
je ne crois pas qu'une plainte soit déposée;
jamais, si elle ne souhaite pas mentir,
vous ne l'entendrez proférer un mot. »
Sur ces paroles, il rentre dans sa tanière
après s'être bien défendu.
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Ysengrin qui s'enbat es noces.
Ne se pot mie tant tenir
Que il poïst a aus venir,
Ainz s'escria mout hautement :
« Renart, Renart, tot belement,
Par les sainz Dieu, mar m'i honistes. »
Renart fu remuanz et vistes,
Si li a dit tot en alant :
« Syre Ysengrin, cest maltalant
Ai ge conquis par bel servise !
Veez con Hersent est ci prise !
Se je l'aïde a delivrer
De cest pertuis et a oster,
Por ce si estes effreez ?
Por Dieu, biau sire, ne creez
Que nule riens li aie fete,
Ne draz levez, ne braie trete.
Ainz, par cest cors ne par cest ame,
Ne forfis riens a vostre fame.
Et por moi et por lui desfendre
Par tot la ou le vodroiz prendre,
.I. serement vos aramis
Au los de voz meillors amis.
— Serement ? traïtres provez !
Voir por noient vos en covrez :
Ne controverez ja mençonge,
Ne vaine parole ne songe.
N'i convient nule coverture :
Tote est aperte l'aventure.
— Avoi, ce dist Renart, biau sire,
Vos porrïez assez miex dire :
Ice maintenir ne devez.
— Conment ? Ai ge les iauz crevez ?
Quidiez que je ne voie goute ?
En quel terre empaint l'en et boute
Chose que l'en viaut a soi trere,
Con je vos vi a Hersent fere ?
— Par foi, sire, ce dist Renart,
Vos savez qu'en engin et art
Si vaut a chose mainbornir
Qu'en ne puet a force fornir.
Hersent est prise en ceste fosse,
Qui mout est voir espesse et grosse :
En nul sens traire ne l'en puis
A reculons par cest pertuis.
Ele i est jusque au ventre entree,
Et la fosse a petite entree,
Mes ele est de lonc auques graindre :
Por ce la voloie enz enpaindre.
Mes por noient a moi la sache,
Que j'oi l'autrier la jambe quasse.
Or en avez oï la voire,
Si m'en devez a itant croire,
Se vos controver ne voulez
Achoison, con fere soulez.
Et quant la dame ert de ci traite,
Je ne cuit clameur en soit faite,
Ne ja, s'ele ne velt mentir,
Ne l'en orrez .I. mot tentir. »
A icest mot s'est entesniez,
Quant se fu assez desresniez.
Les exploits de jeunesse de Renart Les enfances Renart (1)
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