dimanche 10 juillet 2016

Le paysan Liétart - Brunmatin a une idée




Grâce à son esprit avisé,



ele qui bien ert apensee
elle lui répond sans hésitation :
« Que Dieu me garde ! j'ai trouvé
une bonne ruse qui nous rapportera gros.
Renart n'aura rien
de ce que vous lui avez promis,
si vous savez comment agir
avec discrétion et conviction.
Prenez trois mâtins, les meilleurs de France,
dont le moins valeureux ne craint pas Renart,
qui sont là-bas dans le chenil.
Amenez-les en cachette
dans votre grange, et attachez-les
en vous assurant que les chaînes sont solides.
Donnez-leur du pain pour qu'ils n'aboient pas,
car ils pourraient bien alerter
seigneur Renart par leurs aboiements.
Il retournerait alors dans sa tanière,
et nous aurions fait tout cela pour rien,
tout serait alors à recommencer.
Au contraire, laissez-le s'approcher
pour venir ici en toute assurance.
Faites bien retenir les mâtins
par votre valet, tous les trois ensembles,
dans le calme, à la porte de la grange.
Quand Renart sera assez près,
criez bien sur les chiens pour les exciter,
et lâchez-les sur Renart.
S'ils le serrent d'assez près,
ils lui déchireront la peau,
et lui feront un bonnet rouge.
Je crois bien qu'on tirera
au moins sept ou huit sous de sa fourrure,
car c'est la bonne saison.
Faisons donc comme je dis,
car il n'y a rien d'autre à faire.
Quant à vous, pour mieux attirer Renart
qui est déjà descendu si près,
retournez à votre clôture,
et reprenez votre travail.
Ne vous disputez pas avec Renart
s'il vous demande de lui donner Blanchart,
mais répondez-lui doucement
en quelques mots :
« Renart, sachez franchement
que vous ne devriez plus vous soucier
de Blanchart, dont la chair est dure.
Il ne mange rien qui vaille,
sauf ce qu'il trouve dans la paille.
Il ne serait même pas cuit
après une journée et une nuit entières,
si on le mettait à rôtir dès maintenant.
Quelque chose de plus tendre conviendrait mieux
à votre goût, j'en suis sûr,
mais certainement pas un tel morceau.
Il vous faudrait des poulettes bien tendres,
ou des oisillons, ou des chapons.
Mais, si vous y tenez vraiment,
alors laissez-moi l'engraisser
une quinzaine de jours, c'est dans votre intérêt,
car il n'est pas encore bon à manger. »
Voilà comment nous pourrons tromper
ce traître de flatteur.
De telles paroles
vaudront bien mieux qu'un simple refus.
Vous l'éconduirez bien plus facilement
en lui racontant cela,
qu'en cherchant querelle avec lui.
C'est ainsi que nous nous vengerons de lui.
Lovel, Corbeau et Tison
se chargeront de le ramener à la maison,
s'ils parviennent à l'attraper.
Alors, il ne cherchera plus jamais à souper avec vous,
ni à vous réclamer quoi que ce soit.

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Li a respondu sanz demore :
« J'ai trové, se Diex me secore,
.I. bon barat qui mout vaudra,
Par qoi Renart a tout faudra
A ce que pramis li avez,
Se vos bien fere le savez
Coiement sanz aparcevance.
.III. mastins les meillors de France,
— Li pires des .III. ne le doute —
Qui laienz sont en cele croute,
Amenez conme vezïez,
En vostre granche les lïez,
Et gardez que bons lïens aient.
Du pain lor donnez qu'il n'abaient,
Que bien porroient esmaier
Dant Renart par lor abaier,
Si s'en iroit a son recet,
Einssi n'arions nos riens fet,
Tout seroit a reconmencier.
Mes bien le laissiez avancier
Et tot asseür ça venir.
Les matins fetes bien tenir
A vostre garçonnet toz .III.
A l'uis de la granche toz cois.
Quant Renart ert bien aprouchiez,
Les chiens maintenant li huiez,
Si les lessiez aler aprés.
S'il le pueent tenir de pres,
Il li despeceront la pel
Si li feront rouge chapel.
Bien nos vaudra, si con je cuit,
Au mains sa pel .VII. sols ou .VIII.
A ce que ele est de saison.
Einssi con j'ai dit, le faison,
Nos ne le porrions miex fere.
Et vos, por miex Renart atrere,
Que ja est si pres avalez,
A vostre soif vos en alez
Et vostre oevre reconmenciez.
A Renart de riens ne tenciez
S'il vos dit Blanchart li donez,
Vos doucement li responnez
A pou de parole briément :
“Renart, sachiez le vraiement,
“Vos ne devez ja avoir cure
“De Blanchart, qu'il a la char dure.
“Il ne menjue riens qui vaille
“Fors ce que il trove en la paille
“Et si ne l'aroit l'en pas cuit
“En .I. jor ne en une nuit,
“Qui le metroit cuire orendroit.
“Tendre chose vos covendroit,
“Je sai trestout vostre revel,
“N'avez cure de tel morsel.
“Il vos covendroit gelinetes,
“Oisiax, chapons, tendres pouletes.
“Et se vos nel volez laissier,
“Si le laissiez ainz encressier
“.XV. jors, si ert vostre preuz,
“Qu'il n'est encore a mengier preuz.”
Einssi le porrons engingnier
Le traïtor, le losengier.
Teles paroles et tel dit
Si vaudront bien .I. escondit.
Quant tiex paroles li direz,
Assez plus bel l'escondirez
Que se vos tencïez a lui.
Einssi nos vengerons de lui.
Lovel et Corbel et Tison
Bien l'en ameront en maison,
Se cil le pueent atraper.
Ja mes n'ert o vos au souper,
Ne riens ne querra plus du nostre.
L'ours, Renart et le paysan Liétart C'est de l'ours et du Renard et du villain Lietard (28)
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