dimanche 16 novembre 2014

Le pèlerinage de Renart - Les remords d'un voyou




Renart mène une vie paisible



adis estoit Renart en pes
dans son palais à Maupertuis.
Il a renoncé à guerroyer,
et ne veut plus vivre de la manière
dont il a toujours vécu.
Il a tant profité du bien d'autrui
à tort et sans raison,
que plus d'hommes qu'il n'y a de fêtes dans l'année,
le haïssent à mort,
et je crois, tout autant de bêtes.
Il se trouve alors
par un vendredi matin,
que Renart sort de sa tanière,
et s'élance à travers la bruyère.
Mais il ne court pas aussi vite
qu'à l'habitude, et se sent très las.
« Ah ! misérable de moi, dit-il, je ne dois plus
faire le mal ni pécher.
À cause de mon assurance et de mes pattes,
j'ai commis de très gros péchés.
J'avais l'habitude de courir si vite
qu'aucun cheval de combat
n'aurait pu me rattraper dans la journée,
si je venais à faire un détour.
Il n'y a pas un mâtin dans ce pays
qui aurait pu m'arracher un poussin
une fois dans ma gueule.
Ah ! Dieu, j'en ai tant dérobés de si bons,
tant de chapons et tant de poules,
et je n'ai jamais eu besoin d'assaisonnement,
ni de sauce verte, ni d'ail, ni de poivre,
ni de bière, ni de vin.
J'ai toujours été un voyou.
J'allais de préférence
là où je connaissais les points de passage
des gros chapons et des poussins.
Ils venaient presque m'épouiller
et me picorer entre les pattes.
Quand je pouvais tenir une poule,
il lui fallait venir avec moi,
il ne lui servait à rien de crier,
et elle devait lutter à mort.
J'en ai tellement occis de cette manière !
L'une d'elles s'est retrouvée dans une bière
en présence de Noble le lion.
Je l'avais tuée en traître.
mais on me l'avait soutirée,
et j'ai failli être pendu haut et court pour ça.
Je n'ai jamais rien eu à moi à part le bien d'autrui,
même pour la valeur d'une aile de pinson.
Si je le peux encore, alors je m'en repens,
mon seigneur, Dieu tout puissant,
ayez pitié du misérable que je suis,
à qui il pèse tant d'avoir vécu ainsi. »
Alors que Renart se lamente,
voici un paysan qui arrive
à pied à travers la lande,
le capuchon bien enfoncé.
Renart le voit venir tout seul,
et va à sa rencontre au lieu de fuir :
« Renart, dit le paysan, viens donc ici !
— N'emmènes-tu pas de chien avec toi ?
— Non, il ne faut pas avoir peur.
Renart, qu'as-tu donc à pleurer ?
— Ce que j'ai ? dit Renart, ne le sais-tu pas ?
Il n'y a pas un jeune ou un vieux
dans ce pays qui ne sache pas
que je n'ai jamais été nulle part
où je ne pouvais pas faire de mal,
et d'où j'aurais voulu partir.
Mais je veux renoncer à tout cela,
car j'ai entendu dire au sermon
que lors d'une vraie confession,
celui qui demande pitié obtient le pardon.
— Renart, veux-tu donc te confesser ?
— Oui, si seulement je pouvais trouver
quelqu'un qui m'impose une pénitence...
— Renart, dit le paysan, cesse de geindre !
tu sais trop de ruse et de tromperie,
je sais bien que tu me prends pour idiot.
— Pas du tout, dit Renart, par ma foi,
je n'ai aucune mauvaise intention contre toi.
Mais je vous prie et vous implore, au nom de Dieu,
de m'amener dans une église
où je peux trouver un prêtre,
car je veux enfin me confesser. »
Le paysan répond : « Il y en a un ici
dans ce bois, allons-y. — Je te suis. »
Le paysan sait en effet très bien
qu'il y a là un bon chrétien.
Après avoir longtemps marché à travers le bois,
ils arrivent à l'ermitage.
Ils trouvent le marteau qui pend
sur la porte de devant,
et le paysan le frappe fortement.
L'ermite vient aussitôt,
et ôte le verrou de la gâche.
Il est très étonné de voir Renart :
« Nomini dame, dit le prêtre,
Renart, que viens-tu chercher ici ?
Dieu sait que depuis ton dernier passage
cet endroit ne s'en est pas remis.
— Ah ! seigneur, dit Renart, pitié !
quoi que j'ai pu faire, maintenant je suis là,
et pour tout le mal que je vous ai fait
ainsi qu'à tous mes ennemis,
je vous demande grâce et pardon. »
Il tombe à ses pieds en oraison,
mais l'ermite le redresse :
« Mon ami, dit-il, assieds-toi donc
là devant moi, et révèle moi
toutes tes mauvaises actions du début à la fin.


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A Malpertuis en son palés.
Lessié avoit le guerroier :
Ne voloit mes de tel mestier
Vivre con il avoit vescu.
Tant avoit de l'autrui eü
Par male raison et a tort
Que tuit le haoient de mort,
Plus d'omes qu'il n'a en l'an festes
Et autretant, ce cuit, de bestes.
Or avint il jadis issi,
Par .I. matin d'un vendredi
Issi Renart de sa tesniere,
Si s'eslessa par la bruiere ;
Ne coroit pas si tost d'asez
Con il souloit, mout fu lassez.
« Ha ! las, dist il, n'ai mes mestier
De mal fere ne de pechier.
Par la fiance de mes piez
Ai ge fet de mout granz pechiez.
Je soloie corre si tost
Que trestoz les chevaus d'un ost
Ne m'atainsissent en .I. jor
Por que vosisse fere .I. tor.
En ceste terre n'a mastin
Qui me rescousist .I. poucin
Por que je l'eüsse engoulé.
Hé ! Diex, tant bon en ai emblé,
Tant chapon et tante geline ;
Onc n'i oi savor de cuisine
Ne vert sauce ne ail ne poivre
Ne cervoise ne vin a boivre.
J'ai touz jors esté pautonniers
Et aloie mout volentiers
La ou je savoie les huis
Des cras chapons et des poucins.
Il me venoient pooillier
Et entre les jambes bechier ;
Quant une en pouoie tenir,
A moi la covenoit venir,
Ne li avoit crïer mestier,
A la mort l'estovoit luitier.
Mainte en ocis en tel maniere :
Une en fis ge gesir en biere
De devant Noble le lion,
Que je ocis en traïson ;
Mes icele me fu tolue,
S'en dut ma geule estre pendue.
Onc vaillant l'ele d'un pinçon
N'oi je voir, se de l'autrui non.
Se je peüsse, or m'en repent ;
Biax sire Diex omnipotent,
Aiez merci de cest chaitif,
Ce poise moi que je tant vif. »
Si con Renart se dementoit,
Es vos .I. vilain qui venoit
Par mi la lande tout a pié ;
Son chaperon ot enbrunchié.
Renart le voit tout sol venir ;
Encontre va, ne volt fouir :
« Renart, dist li vilain, ça vien !
— Mainne tu avec toi nul chien ?
— Nenil, ne t'en estuet douter.
Renart, que as tu a plorer ?
— Que j'ai ? dist Renart, ne sez tu ?
Ja n'a il jone ne chanu
En ceste terre qui nel sache
C'onques ne fui en cele place
Ou je poïsse nul mal fere,
C'onques m'en vosisse retrere.
Mes or le voil du tot lessier,
Que j'oï dire au sarmonnier
Que por voire confession,
Qui merci crie, il a pardon.
— Renart, veus tu donc confesser ?
— Oïl, se peüsse trouver
Qui la penitance m'enjoingne.
— Renart, dist li vilain, ne hoingne !
Tu sez trop de guile et de fart ;
Bien sai tu me tiens por musart.
— Non faz, dist Renart, par ma foi,
Que je n'ai mal pensé vers toi.
Mes je vos pri por Dieu et quier
Que me menez a .I. mostier
Ou je puisse prestre trover ;
Car enfin me voil confesser. »
Dist li vilain : « Ça en cest bois
En a .I., vien i. — Ge i vois. »
Et li vilain mout bien savoit
C'uns bons crestïens i avoit.
Tant sont alé par le boscage
Qu'il sont venuz a l'ermitage.
Le maillet troverent pendant
A la porte par de devant.
Li vilain hurte durement
Et l'ermite vint erroment ;
Le veroil oste de la reille.
Quant vit Renart, si se merveille :
« Nomini dame, dist li prestre,
Renart, que quiers tu en cest estre ?
Diex le set, que puis n'i fus tu
Qu'a cest estre de miex n'en fu.
— Ha ! sire, dist Renart, merci !
Que que j'aie fet, or sui ci ;
De ce que j'ai vers vos mespris
Et vers mes autres anemis
Vos cri ge merci et pardon. »
As piez li chiet a oroison,
Mes l'ermite l'a redrecié :
« Biax amis, dist il, or t'asié
Ci devant moi, si me descovre
Tot de chief en chief la male ovre.
Le pèlerinage de Renart quand il alla à Rome Ci conmance le pelerinage Renart con il ala a Rome (25)
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