dimanche 12 avril 2015

Le duel de Renart et d'Ysengrin - Le loup accuse




Ysengrin bondit sur place,



sengrin est sailliz en place ;
que cela dérange ou déplaise,
il veut prouver son bon droit
sans recourir au mensonge.
Noble lui ordonne de parler,
il n'y a personne pour le contredire :
« Renart, dit Ysengrin, écoute !
C'est moi qui attends que justice soit faite
pour tous les ennuis que tu as causés,
et que nous avons relatés ici-même.
Je n'ai toujours pas eu réparation
alors que le roi te l'avait ordonné.
Tu as fait souffrir trop de bêtes
avant de pouvoir te faire comparaître,
tu nous as tous rendu fous,
les jeunes comme les vieux.
Au nom de ceux qui ont porté plainte contre toi
ici présents,
et pour moi-même que tu as couvert de honte,
je veux que ce procès soit expédié aujourd'hui.
Je m'en tiendrai à la stricte vérité,
à Dieu ne plaise que je mente,
je ne dirai que ce qui est vrai
comme j'ai pu le constater.
Je n'ai pas besoin de faire de longs discours,
ni d'inventer des mensonges,
nous te convaincrons de trahison
grâce aux témoins que nous trouverons,
et je prouverai de droit
ta perfidie et ta trahison.
Je saurais en expliquer les circonstances,
si jamais tu voulais te disculper. »
Renart répond : « Fort bien,
dites-nous donc ce que vous savez. »
Ysengrin répond : « Je le dirai, parfaitement,
je ne vous mentirai en aucune façon.
Vous êtes mon compère selon la loi,
pourtant vous m'avez fait des injustices
plus de cent fois, sans mentir.
Tu as rendu maintes bêtes malheureuses,
nombreux sont ceux qui ont vu
toutes les fois où tu m'as trompé.
Sache donc bien, si la cour ne me fait pas défaut,
que nous sommes venus pour l'assaut final.
J'ai trop souffert à cause de toi,
tu t'es parjuré maintes fois,
et tu m'as causé du tort au sujet de ma femme. »
Renart lui rétorque : « Tu mens,
je n'ai jamais fait de mal à ta femme,
ni commis la moindre faute envers toi. »
Ysengrin dit : « Bien sûr, Renart,
je vais démontrer quant à moi,
que vous l'avez assaillie de force.
Vous n'avez pas raté le trou,
je vous ai pris sur le fait, que vous le vouliez ou non,
vous lui avez battu la croupe,
je vous ai vu pousser, enfoncer,
et lui serrer fortement la queue.
L'avez-vous prise pour une sotte ?
Vous n'aviez pas l'air de jouer à la balle !
Vous ne pourrez pas vous en défendre,
car je vous ai vu descendre,
puis remonter votre pantalon.
Je n'ai pas honte de le raconter,
mais si j'avais pu le cacher,
je ne l'aurais raconté à personne. »
Renart lui répond : « À Dieu ne plaise
d'avoir ainsi mal agi un jour,
d'avoir causé un tel désagrément
en caressant ma commère
plus bas que l’œil, comme vous le dites,
je ne serai alors qu'un hérétique.
Mais on sait maintenant de source sûr,
que vous n'avez honte de rien,
puisque vous évoquez
ce que les autres ont tu.
Vous n'auriez pas dû en faire un conte
qui vous couvre de la plus grande honte.
S'il est une chose que vous avez bien apprise,
c'est de ne pas faire preuve de pudeur.
Vous avez donc bien soulagé votre vergogne
en déshonorant ainsi votre épouse.
Je l'ai effectivement poussée et soulevée,
j'ai fait tout ce que j'ai pu pour l'aider.
Vous m'avez vu pousser et enfoncer,
mais je vois que vous n'avez rien compris.
Je ne l'ai fait que pour son bien,
c'est bien mal me remercier.
Je l'ai fait en toute honnêteté,
mais vous me le rendez bien mal,
j'ai été fou de l'avoir entrepris,
et maintenant vous êtes devenu mon ennemi.


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Qui que il poïst ne qui que place,
Sa droiture voudra prover,
Tot sanz mençonge controver.
Noble conmande que il die,
N'i a celui qui contredie :
« Renart, dit Ysengrin, entent !
Je sui cil qui son droit atent
Des granz anuiz que tu as fez,
Que nos avon ceanz retrez ;
Ne me sont encor amendé,
Si l'avoit le roi conmandé.
Mout as or fet bestes grever,
Ainz que te poïst amener,
Et des jones et des chanuz
En as assez por fox tenuz.
Por ceus qui de toi clamor font
Et qui ci en present s'estont,
Par moi qui par toi sui honniz,
Voil que li plez soit hui feniz.
Par la verité m'en irai,
Ja se Dex plait, n'en mentirai
Que je n'en die tout le voir
Se je le puis aparcevoir.
Je n'ai mestier de fere alonge
Ne de ci controver mençonge ;
De traïson te prouverons
Si que garant en trouverons,
Et mosterrai tout par raison
Et felonnie et traïson ;
Bien te savré l'achaison dire,
Se t'en voloies escondire. »
Renart respont : « Bien dit avez ;
Or dites conment le savez. »
Dist Ysengrin : « Bien le dirai ;
Ja voir ne vos en mentirai.
Mes comperes estes en loi,
Si m'avez mené en belloi
Plus de .C. foiz, que je ne mente ;
Mainte beste as tu fet dolente,
Bien l'ont plusors aparceü
Que mainte foiz m'as deceü.
Or sai bien, se cort ne me faut,
Nos sonmes venu a l'asaut.
Mout ai par toi mal endurez,
Mainte foiz t'en es parjurez,
De ma fame m'as maubailli. »
Ce dist Renart : « Tu as menti ;
Onc mal a ta fame ne fis,
Ne vers toi de riens ne mespris. »
 Dist Ysengrin : « Certes, Renart,
Jel mosterrai de moie part
Que vos a force l'assaillistes,
Au trou trover pas ne faillistes ;
Voiant moi, ou vosist ou non,
Li batistes vos le crepon.
Mout vos vi bouter et empaindre
Et durement la queue estraindre.
Illuec la tenis tu por sote,
Ne sembloit pas gieu de pelote ;
Ce ne porroies pas desfendre
Que ne vos veisse descendre,
Et vos braies sus remonter ;
Ne m'est honte de raconter,
Mes se je celer le peüsse,
A nului dire nel deüsse. »
 Ce dist Renart : « Ja Diex ne place
Que ja tant a nul jor mesface
C'aie fet tel descovenue
Que ma conmere aie foutue
Plus bas de l'ueil, si con vos dites ;
Donques seroie jeu herites.
Or puet on bien de fi savoir
Que vos ne savez honte avoir,
Que ce avez amenteü
Dont li autre se sont teü.
Mes n'en deüssiez tenir conte
Qu'il vos torne a trop grant honte.
Mes bien avez tel chose aprise
Que honte avez ariere mise.
Bien avez vergoingne abessie
Qui honiz ainssi t'espousee.
Le bouter et le soufachier,
Fis ge tout por lui aïdier ;
Bouter, empaindre me veïstes,
Bien sai que mal i entendistes ;
Mes je nel fis se por bien non,
Or m'en rendez mal guerredon.
Jel fis por bien et por franchise ;
Mes or m'en rendez mal servise,
Que fox fis quant m'en entremis,
Or en estes mes anemis.
La bataille de Renart et d'Ysengrin C'est la bataille de Renart et de Ysangrin (26)
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