dimanche 10 août 2014

La confession de Renart - Le sermon du milan




Le milan prend alors la parole



i escoufle prist a parler
car il ne peut se retenir davantage.
Il se met à réprimander Renart,
et à l'injurier durement :
« Félon de rouquin, traître à Dieu, perfide trompeur,
tu es un sacré mécréant
pour avoir donné ton amour à Hersent,
cette vieille défoncée de la croupe,
qui ne peut plus tenir sur ses pattes.
Tu peux toujours la soutenir !
Laisse-la pendant qu'il est encore temps,
c'est une diablesse, un corbeau,
une vieille barbue
qui enfile des verges
depuis vingt-quatre ans
au moins, voire plus, ou je ne sais combien.
Mais je sais pour sûr,
et toi aussi tu devrais le savoir,
qu'il n'y a pas jusqu'aux mers gelées
de gars qui ne l'ait tringlée.
Ah ! quel plaisir, quelle compagnie !
Sa putasserie est si vieille
qu'elle a autour du cul plus de rides
qu'il n'y a de ronces dans un arpent de bois.
Misérable ! tu devrais être confondu,
elle pourrait même te cacher
dans la peau qui lui pend au cul.
Confesse-toi, repends-toi
de ce péché et de tous les autres.
Va-t'en en Grèce ou en d'autres terres,
en Écosse ou en Angleterre,
elle n'ira pas te chercher si loin,
elle aura vite fait de t'oublier.
Même si tu étais à Chambly,
elle s'arrêterait avant Ronquerolles
sous prétexte que les routes sont boueuses.
Elle n'irait jamais te voir,
tu pourrais t'y installer pour toujours.
Elle chercherait plutôt un gros coquin
avec une bite bien grosse et dure,
pour se faire sonder la plaie,
plutôt que de l'étoupe ou de la charpie.
Mais elle ne trouve plus de sonde assez grande
qu'elle puisse sentir un fois dedans,
ne serait-ce qu'un peu.
La plaie qu'elle a là,
lui a été faite trop profondément.
Même les plaies que font les chevaliers
ont au moins deux extrémités,
il n'est donc pas si difficile
de pouvoir y regarder et explorer.
Mais personne n'ose traiter celle-ci
avec des onguents ou des potions,
puisqu'aucune sonde n'est suffisante,
on n'y prendrait de la peine pour rien,
et la plaie ne serait pas guérie dans l'année.
Personne ne peut éteindre le feu de sa plaie,
puisqu'on ne peut en atteindre le fond.
Elle a toujours le cul béant, capable
de contenir assez d'eau pour y laver
les quatre pieds d'un palefroi.
Quatre sous de vieux suif
ne suffirait pas à combler les rides
que la vieille a entre les deux aines.
Elle a eu plus de coups de bite
qu'il n'y a de feuilles sur cent saules
en été, quand le feuillage est le plus dru.
Dieu ! que cherchent-ils donc tous ?
Hersent n'a plus une dent dans la gueule,
elle a fait plus de mal à elle toute seule,
que toutes les putains du monde.
Hersent vous pouille, Hersent vous tond,
Hersent vous plume, Hersent vous écorche.
Par les saints de Dieu, c'est là l'essentiel,
on a bien raison de la nommer Hersent la louve,
car tous les maux couvent en elle.
Renart n'y connaît vraiment rien,
ni même en ruse, comparé à elle.
Qui saurait mieux, sinon Hersent ?
Dès le temps du roi pharaon,
elle a pratiqué ce métier.
Il n'y a pas, dans le monde entier, de mortier
en pierre dure ou en cuivre,
qui aurait subi un tel traitement,
ou qu'on aurait tant battu
sans en démolir le fond,
ou en casser les côtés.
Et on se met dans le sien, et on s'en retire,
on fait en sorte qu'il ne reste jamais oisif.
De Morenchies à Puiseux,
on ne trouverait pas assez d'étoupe,
tant ils le battent et l'enfoncent.
Mais on a beau pousser et tirer,
dès le lendemain on dirait
que tout ce qu'on a pu y mettre est perdu,
car la vieille est trop roublarde.
Par le cœur de Dieu, qu'as-tu donc ?
Prends-tu de grandes échasses,
ou y montes-tu par un escalier ?
en fait elle se couche de son plein gré.
Par le cœur de Dieu, c'est comme la fontaine
qui toujours coule et reste pleine.
Elle sait bien assez de fourberie
pour avoir pris même Renart grâce à son cul,
au vu et au su de tous,
lui qui pourtant trompe tout le monde.
Je ne connais personne mieux berné
que celui qui se fait avoir pour un cul.
Qui prend un cul, se fait toujours rouler,
et quand il le rend, il se fait chier dessus.
C'est étonnant qu'il y tienne !
qu'il le lâche ou le retienne,
il finira par dire des gros mots,
et on le prendra pour un sot.
Renart, prenez une autre amie
qui en sache plus en courtoisie,
et un peu plus jeunette aussi,
voilà qui serait bien et honorable.
Liez donc connaissance, un matin,
avec la femme de Belin, elle est courtoise,
ronde, belle et tendre.
Elle se laisserait bien prendre,
elle n'est pas désagréable,
au contraire elle est sage et bien éduquée.
Il faut savoir aller et venir,
là où l'on a des chances d'arriver.
Mais pas à Hersent, cette sale vieille
qui réveille en chacun tous les maux,
cette grosse rombière qui pète du cul
que tous les mâtins lui rognent !
Il n'y a pas de chien en rut dans le monde,
qu'elle n'attire et n'accueille.
Et vous l'aimez de si bon cœur,
comme si elle était votre sœur !
Pourtant l'affaire est mal partie,
car elle est grande et vous petit,
il vous faut monter sur une échelle,
si elle ne se couche pas de son gré.
Par le cœur de Dieu, quand tu y vas,
c'est un miracle que tu reviennes
de ce cul où tout le monde touille.
Si tu n'étais que bite et couilles,
de la croupe au cul, et des bras aux pieds,
la fosse ne serait même pas remplie.
C'est le gouffre de Satan,
où l'on se noie quand on y entre.
Je n'en dirai pas plus.
Certes, il n'aurait pas été convenable pour un reclus,
un moine ou un prêtre,
de ne pas avoir dit ce qui est vrai. »
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Qui plus ne s'i volt demorer.
Renart conmença a chastier
Et durement a laidengier :
« Fel rous, fel Diex, fel deceüz,
Tant par es ore mescreüz
Q'as a Hersent t'amor donee,
A une vielle espoitronnee
Qui ne puet mes sor piez tenir.
Tu la puez bien trop maintenir.
Lai la tant con li jeus est biaux ;
Ce est .I. deable, .I. corbiaux,
C'est une vielle barbelee
Qui porté a verge pelee,
Espoir plus de .IIIIXX. anz
Ou plus ou mains, je ne sai qanz.
Mes itant sai ge bien de voir
Et tu si deüsses savoir
Qu'il n'a jusqu'a la mer Betee
Garçon qui ne l'ait garçonnee.
Ha ! quel soulaz, quel compaingnie !
Trop est vielle sa puterie :
Ele a entor le cul plus fronces
Qu'en .I. arpent de bois n'a ronces.
Chaitif, mout par devroies fondre :
Ja te porroit ele repondre
En la pel qui au cul li pent.
Fai toi confés, si te repent
De cel pechié et de tout autre.
Va t'en en Grece ou en terre autre,
En Escoce ou en Engleterre,
El ne t'ira gueres loing querre,
Ainz t'avra tost mis en oubli.
Se tu estoies a Chambli,
Ele iroit ainz a Ronqueroles
Por que les voies fussent moles ;
Ne t'iroit ele ja veoir,
Tout jors i porrïez seoir.
Ançois querroit .I. grant tafur
Qui le vit aroit gros et dur,
Dont el feroit tenter sa plaie
En lieu de tente et de naie,
Mes el ne trove si grant tente,
Puis qu'ele est enz, que ja la sente,
Ne que ce estoit uns noiens.
La plaie qu'ele a dedens
Li fu trop ferue en parfont ;
Les plaies que chevaliers font
Ont viax a tot le mains .II. chiés,
Si n'est pas si granz li meschiés
Que l'en puet veoir et cerchier.
Mes ci n'ose nus atouchier
Par oignement ne par poison
Des que les tentes n'ont foison,
Si i met on por noient painne,
La plaie n'en ert ouan sainne.
Nus ne porroit la plaie estraindre,
Puis qu'en ne puet au fons ataindre.
Ele a tout jors le cul baé ;
En mains d'eve a l'en gaé
.I. palefroi a .IIII. piez ;
De .IIII. soudees d'oint viez
Ne seroient les fronces plaines
Que la vielle a entre .II. ainnes ;
Ele a plus cous de coille eüz
Qu'il n'a de foilles en .C. seuz
En esté quant plus drues sont.
Diex ! quex devise dont tuit ont !
Hersent n'a mes dent en la gole ;
Cele a plus fet mal tote sole
Que toutes les putains du mont :
Hersent si poile, Hersent tont,
Hersent escorche, Hersent plome.
Par les sains Dieu, ce est la some,
A droit a non Hersent la love,
Qar c'est cele qui les maus cove ;
Onques Renart ne sot noient,
De nul barat envers Hersent.
Qui saroit donc, se Hersent non ?
Des le tens au roi Pharaon
A ele mené tel mestier.
En tot le mont n'a pas mortier
De dur lyoïs ne de coivre,
Por qoi eüst autretant cuivre,
Ne c'on i eüst tant batu,
C'on n'eüst le fons abatu,
Ou ne fust abatu encoste.
L'en met en icelui et oste,
Ne voil que il soit ja oiseus,
De Morenci jusque a Puiseus
Ne troveroit on tant d'estopes,
Qar tant i fierent et i boutent.
Tant n'i puet on bouter ne trere
Que ja a lendemain i pere
Tot est perdu quant c'on i met,
Qar la vielle set trop d'abet.
Par le cuer bieu, q'as tu, a certes ?
Veus tu eschaces jambereces
Ou tu i montes a degré ?
Ele se couche de son gré ;
Por le cuer bieu, c'est la fontaingne
Qui tot jors sort, tot jors est plainne.
Auques set ele de barat,
Quant ele a pris au cul Renart,
Celui qui tot le mont deçoit,
Tout le siecle le set et voit.
Miex conchie ne sai je nul
Que celui qui est pris au cul ;
Qui cul prent, il est conchïez,
Et s'il le rent, il est chïez.
C'est merveille se il le tient ;
Ou il le lait ou il le tient,
Il i aroit mout vilain mot ;
Et si l'en tendroit l'en a sot.
 Renart, faites une autre amie
Qui plus sache de cortoisie,
Et qui soit .I. pou plus janete ;
Bone chose ert et honeste.
Acointiez vos par .I. matin
De cortoise fame Belin
Qui est grasse et bele et tendre.
Illeques se feroit bon prendre ;
Ele n'est pas mesaaisie
Ainz est sage et bien ensaingnie.
La doit l'en aler et venir
Ou l'en puet sovent avenir.
Mes a Hersent la male vielle
Qui touz les max fait et esveille,
Une grant vielle a cul peteus
Dont trestuit li mastin roigneus !
El mont n'a chien qui foutre voille
Que ele n'atraie et acueille ;
Et vos l'amez de si bon cuer
Conme s'ele fust vostre suer.
De tant est mal li gieus partiz ;
Que ele est granz et vos petiz,
Il estuet monter a degré
S'el ne se couche de son gré.
Par le cuer bieu, quant tu i viens,
C'est merveille que tu reviens
Du cul ou tout le mont tooille.
Se tout estoies vit et coille,
Et cul et croupe, et braz et piez,
Ne seroit pas bien plains li biez.
C'est le gaufre de Saternie :
Que quant qui i entre s'i nie.
Je n'en diroie mie plus,
Qar ce n'afiert mie a reclus,
Ne a moine ne a provoire,
S'il ne dit chose qui est voire. »
Comment Renart voulu manger son confesseur Si conme Renart volt mangier son confessor (24)
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